‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 45 sur 161 · JEHANNE II, REYNE DE NAPLES · texte numérisé non relu

JEHANNE II, REYNE DE NAPLES

en brlefs mots ce quel'antheur de ce livre dit en plusieurs.

La reyne Jehanne, amoureuse du duc de Tarante , fit mourir son mary Andreasse. La reyne Marie d'Escosse, amoureuse du comte Bothouel, fit mourir son mary.

La reyne Jehanne , son mary mort , espousa aussy tost le duc de Tarante , son proche parent. La reyne Marie, son mary mort, espousa le comte Bothouel.

La reyne Jehanne ne jouit pas long-temps de ses amours dudict duc , car il mourut tost après. La reyne Marie de mesmes ne jouit non plus long-temps de celles de Bothouel, car il fut âssailly et persécuté de la noblesse du pays, fut contraint t de s'enfuyr en Danemarc, et puis mourut; et la reyne de mesmes, fugitive en Angleterre et prisonnière.

La reyne Jehanne es le va un scisme en France et Italie, à cause de deux papes. La reyne Marie

et Angleterre.

La reyne Jehanne envoya vers le pape en Avignon, demander secours contre Charles de Durtzzo. La reyne Marie de mesmes en a faict Vers les papes , et leur a demandé secours contre la reyne d'Angleterre.

La reyne Jehanne envoya aussy vers Charles, roy de France, et à Louys, duc d'Anjon, demander forces. La reyne Marie a envoyé de ffiesmes en demander au roy d'Espaigne et à son cousin (le livre dictson nepveu, mais il estoit son cousin) le duc de Guyse.

La reyne Jehanne avoit de grands et puissans princes à tenir son party, tant en France, Provence , que hors. La reyne Marie a eu en divers temps trois divers papes et le roy d'Espaigne, le duc de Guyse, et en Angleterre quelques ducs , seigneurs, gentilshommes, qui estoient pour elle bandés sourdement et à couvert.

Finalement, la reyne Jehanne fut estranglée en prison, et mourut de mesme mort qu'elle avoit faict avoir â son mary. La reyne Marie aussy en prison a esté décapitée.

En ce livre puis après y a un discours , à sçavoir si un grand a pouvoir de faire exécuter et mourir un autre grand son pareil; et, se fondant sur l'empereur Constantin le Grand, lequel condamna à mort Licinius, et le fit exécuter, prouve et afferme, par raisons et autres exemples , que

cela se peut et se doibt faire. De cela je m'en rapporte aux grands jurisconsultes, pour dire que, si l'on veut croire des escrivains mesdisans, les comparaisons de cy-dessus des deux reynes sont vallables; mais aussy , qui voudra croire les histoires point menteuses, point fabuleuses et véritables, on trouvera qu'en vertus, beautés et genre de mort, elles sont fort pareilles, et qu'on leur a faict grand tort de les avoir faict ainsy mourir. Par quoy, croyons les bons et sages escrivains, et non les meschans et bavards; car il n'y a rien si dangereux que telles gens. Je m'en rapporte à la pauvre Didon, laquelle, et maryée et vefve, fut une princesse très-sage et vertueuse; et vous voyez comme Virgile l'a descrite, quasy envycux de sa vertu et chasteté.

Ainsy les mesdisans dectractent de nos deux reynes précédentes ; mais la verilé est tousjours victorieuse de la menterie. Ce n'a pas esté Didon seulle , ny nos deux reynes précédentes aussy, dont l'on a mal parlé, mais d'un million de reynes, princesses et grandes dames, desquelles les langues picquantes ont detracté à faux ; et, pour ce, ne faut croire tout ce qu'on dit et escrit, mais la pure vérité, qui combat le papier imbecille qui souffre tout. C'est assez pour ce coup parlé de ceste reyne Jehanne la première.

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