A la Saint-Barthélemy
2. En son endraict , et de sa fille , c’est-à-dire en l’endroit de Mme de Dampierre et de la fille de celle-ci.
COURONNELS FRANÇOIS. 199
ce qu’il luy vouloit prester, ou le combattre. Luy, après avoir esté longtemps en Gascoigne avec le roy de Navarre, vint en Anjou. Après longues allées, venues, entremises, menées et difficultez recherchées, il fut concerté que , pour la seuretté du combat , ilz s’en remettaient et fieroient du tout à M. le conte du Lude , qui a esté certes en son temps l’un des honnestes, braves et vaillans seigneurs de la France, et autant homme de bien, et a servy ses roys aussibien et noblement en soldat à pied, en cbeval-léger ou capitaine de chevaux-légers, de gens d’armes, de gouverneur de provinces et lieutenant de roy, qu’aucun son pareil
Le conseil donc faict tel , et le jour arresté et venu, arrivarent au Lude’ l’un après l’autre. M. du Lude, sans autre cérémonie, les prit tous deux par la main , les enferma tous deux dans son jardin , et puis les laissa faire. Les uns disent que M. du Lude prit parolle de tous deux de ne mettre point les armes en main, qu’ilz n’eussent parlé ensemble et advisé de se contenter de parolles ; autres disent que l’un et l’autre avoient commandement d’autres grandz de ne se battre, ains de se faire des satisfactions très-honnestes , comme en telz cas pareilz se doibvent faire entre cavaüiers gentilz comme ceux-là. Tant y a , après avoir faict plusieurs tours d’allées dans ce beau jardin du Lude, s’estre contentez- et embrassez et faictz bons amis, ilz vindrent à la porte du jardin prier qu’on leur ouvrist. M. du Lude, qui les y attendoit, n’y faillit pas , et les mena tous deux
i . Le Lude, dans la Sarthe, arrondissement de la Flèche.
soupper et coucher ensemble, et faire mille follies, et toute la nuict en place et en chemises tirer leurs espées nues l’un contre l’autre, et faire mille jeunesses sans venir à mal; ainsi que M. de Lavardin luy-mesmesme l’a conté, au boutde quelques temps *, .en la chambre de la reyne-mère , à La Réolle , lorsqu’elle mena la reyne sa fille au roy de Navarre son mary. Il vit encor, il s’en peut souvenir. Qui lira et sçaura ce conte le trouvera par trop estrange, que deux, si braves, vaillans, escallabreux et poinctilleux gentilzhommes , ayent passé leur différant de telle façon. Or, c’en est assez parlé; venons à d’autres.
Durant ceste dernière guerre civille de la Ligue, M. de Lavardin ayant quicté le party du roy de Navarre , et s’estant bandé contre luy, M. le conte de La Rochefoucaud ’ eut sa place de couronnel, et le roy de Navarre la luy donna; non qu’il la pourchassast aucunement, car il n’avoit aucune envie de tenir ce party, ains celuy de M. de Guyze, lequel il honnoroit beaucoup, et desiroit courir sa fortune, tant parce qu’il avoit cet honneur de luy appartenir à cause de Ferrare et Mirande, deux maisons alliées, et sa mère estoit de la Mirande ', et aussi qu’il m’a dict cent fois que c’estoit son humeur d’aymér et estimer M. de Guyze plus que seigneur du monde, à cause de ses mérites. Il n’en faut poinct doubter, car je le sçay mieux qu’homme du monde, et ce que