‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 108 sur 270 · Hablar , parler · texte numérisé non relu

Hablar , parler

6. Voyez Froissart, année 1366, liv. I", part II, ch. ccyh; édit, du Panthéon , t. I, p. 309 et suiv.

COURONNELS FRANÇOIS. 211

soient, et estoient natifz de Sainct-Denys en France, ou d’ailleurs; mais voylà ! ilz ne pensoient estre estimez vaillans, s’ilz n’ estoient Gascons ou les contrefissent ; mais, ma foy ! aujourd’huy ceste graine de vaillance s’est espandue par toute la France, que de toutes nations vous trouvez des soldatz très-vailians, hardys et déterminez. Et ne faut point emprumpter le nom des Gascons, encor que nostre roy d’aujourd’huy, Henry IV', les estime fort et en veuille fort auprès de luy, et pour cent François il en voudroit cinquante Gascons. Il s’entend bien en gens de guerre ; voylà pourquoy il le faut croyre, encor qu’il parle tôusjours de sa nation. Nous avons les Espaignolz : on peut parler de mesmes d’eux, car, encor qu’il y ait parmy eux force soldatz estrangers et point espaignolz, ilz sont Espaignolz mais qu’ils sachent parler espaignol et en faire la piaffe.

J’ay veu autresfois dans les terces de Naples, Scicille, Lombardie et autres, plus de douze ou quinze cens François; mais la pluspart Gascons et autres nations, mesmes François, tous estoient dictz Espaignolz ; mais quelz François et Gascons estoient-ce ! C’estoient tous vieux soldatz espaignollisez, parlans l’espaignol mieux que leur langage, s’accommodans du tout à la façon espaignolle, las bigotas relevadas , « les moustaches relevées, b leurs gestes bravasches; si bien qu’ilz estoient tous Espaignolz, et les eust-on jugez tous telz. Et qui croyroit une chose? qu’il y a environ dix ans, il s’est trouvé parmy les commédians des Gelosi 1 celuy qui faisoit le brave ou le

1. «En ce mois de février (1377), dit l’Estoile, les comédiens

capitan espaignol, c’estoit un François qui, s’estant longtemps raffiné parmy les bandes espaignolles, en parloit le langage et en avoit les mesmes gestes et mesmes trajes *, comme dict l’Espaignol, qui est la même façon et guarbe.

Il y a quelque temps que de Bourdeaux partit un filz de madame la présidente Poynet, qui s’appelloit Binet, et s’en alla voir le monde. 11 pratiqua si bien les bandes espaignolles, qu’il parloit la langue mieux que la sienne ; et y est tellement parvenu que le roy d’Espaigne le cognoit et luy a baillé à Naples une compaignée de gens de pied ; et se faict appeler Carlos de Villamor, ce m’a dict M. de Lanssac; et le roy d’Espaigne luy en parla estant en Espaigne, luy disant la nourriture dudicl Binet; mais avant il avoit esté avec moy. Que c’est du noble François, qui est né à tout quand il veut !

D’autres couronnelz nos roys ont eu : comme fut François, marquis de Sallusses, que le roy François, avoit honnoré de l’estât de couronnel général de l’infanterie italienne qu’il eut en ses guerres ; mais après il le quicta mal à propos.

Comme fut aussy le duc de Somme * grand seigneur et prince du royaume de Naples, et banny pour estre bon François; lequel a porté titre de couronnel de l’infanterie italienne, estant au service et à la solde du roy de France, et a très-bien et dignement

italiens appelés Li Gelosi que le roy avoit fait venir de Venise.... commencèrent à jouer leurs comédies dans la salle des États à Blois. »

\ . Trajes ou I rages, tournure, air.

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