‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 113 sur 270 · Corso, Corse · texte numérisé non relu

Corso, Corse

assez ; mais nous ne peusmes jamais songer à celuylà ; et puis nous donna à lire la lettre, qui estait trèsbien faicte, de cavallier et de gallant homme. Sur quoy madame de Dampierre, qui estait très-bonne amie quand elle vouloit, aussi très-grand’ ennemie et dangereuse, ell’advisa à faire tous les plaisirs qu’elle luy peut, mesmes de luy servir de solliciteuse à l’endroiet de Leurs Magcstez, lesquelles elle pria humblement pour luy qui, d’autant qu’elles l’aymoient, honnoroient et la croyoient beaucoup, advisarent à faire parestre la bonne voulonté qu’elles avoient à l’endroiet dudict San Petro Corso. Et ne faut doubter nullement qu’encor que ses services peussent beaucoup, si est-ce que la sollicitation de madicte dame luy servit infiniment, et surtout de faire venir en France le seigneur Alfonce Corso son filz, avecqu* un régiment de Corses

[Il] vint à la bonn’ heure en France, car il l’a servie très-vaillamment et fidellement en tous les endroictz de guerre où il s’est trouvé, comme en Dauphiné, en Languedoc, en Provance et autres provinces, et mesmes dernièrement à la deffaicte des Suysses, qui venoient pour ceux de la religion’; car il fit la première et principale charge, et M. de la V ailette

1. Alfonse d’Ornano, fils de San-Pictro et de Vannina d’Ornano, colonel général des Corses, chevalier des ordres du roi (1595), maréchal de France (1595), mort à Paris le 21 janvier 1610, à soixante-deux ans.

2. Le 19 août 1587, dix compagnies de Suisses amenées en Dauphiné , au secours des protestants , par Guillaume Stuart de Vezines et Cugy, furent complètement défaites par la Valette sur les bords du Drac et de l'Isère. « Alfonse d’Ornano, colonel des

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après, puis en la recouvrance de ceste belle et bonne ville de Lyon et rédaction en l’obéyssance du roy. Il est très-brave et vaillant, et n’en doibt rien au père; très-loyal de mesmes que le père, et fort affectionné au service du roy. Il est très-sage, bien advisé et grand pollitic, et rigoureux à chastier ses gens quand ilz faillent. Aussi à telles gens faut-il un tel censeur, car ilz sont forts scalabreux. Il en est couronnel et en porte le nom et le titre. Despuis a esté faict mareschal de France par bon mérite, et l’appelle-on le mareschal d’Orlano et lieutenant du roy en Guienne, fort déterminé et résolu en un fàict; et pour ce le feu roy dernier l’aymoit fort, et dict-on qu’après la mort de M. de Guyze, il avoit entrepris de tuer M. du Mayne pour servir son roy ; je ne sçay ce que c’en est. Le roy d’aujourd’hui 1 a occasion grande de l’aymer aussi, car il le sert tous les joins très-bien. Sa trouppe de Corses est petite, mais il mériteroit d’en estre couronnel d’une plus grande, car c’est un très-honneste et très-pertinent homme.

Or, comme de François et Italiens nous avons eu des couronnelz, nous en avons eu aussi d’Allemans, très-bons, braves et vaillans, pensionnaires et gaigez ordinairement de nos roys, comme fut le conte Guil-

Corses, dit de Thou, se trouva à cette action, et, comme 3 n’avait pas peu contribue au succès, U fut indigné que la Valette s’en attribuât toute la gloire. Il se rendit en poste à la cour, où il fut fort bien reçu du roi, qui ne voulait pas donner de mécontentement à un brave officier comme d’Ornano, dont la fidélité était connue, et qui récompensa libéralement le service qu’il avait rendu en cette occasion. » (De Thou, liv. LXXXVIII.)

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