Auguste, Augsbourg
4. Jean-Philippe Rhingravc, marié à Jeanne de Genouillac, veuve de Charles de Crussol, vicomte d’Uzès.
tagée tant de la maison d 'Acier, du grand escuyer Galliot, que de la maison d’Arehiac, d’où est issue madame de Bourdeille d’aujourd’huy, qui en est le chef. Ce dict conte, despuis qu’il fut au service de la France, n’a jamais failly à la bien servir très-fidellement. 11 s’est trouvé tousjours en tous les voyages et guerres, et mesmes à la première qu’il lit en Escosse, qu’ont faict ses roys, jusques à sa mort, et a eu tousjours de très-belles enseignes et bien complet tes. Aux premières guerres, encor qu’il fust de la religion et en aymast fort les religieux, jamais pourtant il ne voulut estre contre son roy; ains, ayant esté despesché en Allemaigne pour faire une levée, emmena six mill’ hommes de pied et une cornette de reistres, tous gens aussi bons qu’on eust sceu voir. Je me souviens que le roy les fut voir auprès du pont Charanton, et toute la court avec luy. Il trouva ses gens en un battaillon quarré, qu’en le tournant de tous costez on n’y trouva rien à dire de bonne façon d’hommes et de bien armez. Et à la teste estoit ce bon vieillard, en forme de couronnel, armé de toutes pièces, la picque sur le col, et marchant de très-bonne grâce ; et le roy alant à luy, luy et ses compaignons de loing, ayans baizé la terre, et en jetté chaseun une poignée derrière les espaules à leur mode, commançarent aller à luy la picque basse et branlante, comme qui va au combat; et estans près, luy et ses gens alors baissarent la picque en signe d’humilité, et les enseignes aussi, et après firent une très-belle salve. Et puis falut boire à la bouteille, à la mode du pays, et le bon conte présenta sa bouteille au roy, qui beut le premier, et tous les autres après. Il n’y en eust ny d’un
costé ny d’autre qui s’y fàignist1, car il faisoitun trèsgrand chaud ce jour là. Il fut envoyé en Normandie, où, quand nous y allasmes pour assiéger Rouan, nous l’y trouvasmes, qui servit de beaucoup, mais surtout au Havre-de-Grâce, lequel il tint blocqué et serré et contrainct, ne se pouvant l’Anglois estendre à son aise sur terre ; si bien que, quand nous y allasmes, l’on trouva qu’il y avoit servy beaucoup, et son séjour n’y avoit point esté inutille, et nous en facilita fort la prise, car les Anglois sont grandz remueurs et gaigneurs de terre; si bien que s’ilz ne les eussent empesehez, ilz se fussent esgembez* sur nous mieux qu’ilz ne firent. Bref, ce bon vieillard a servy trèsbien la France. Il fut pris à la journée de Sainct- Quantin. Un chascun pensa qu’on le fairoit mourir; mais il y trouva des amis de sa nation ; et aussi que la guerre ne [se] faisoit plus contre l’empereur, mais le roy d’Espaigne : et pour ce n’estoit lié de serment, et en estoit du tout désobligé A quoy le roy d’Espaigne y eut esgard, qui ne voulut pour ce respect* souiller sa conscience pour le faire mourir, encor qu’il y eust plusieurs vieux capitaines de l’empereur son père qui luy conseillassent. Ledict M. le conte me l’a ainsi conté, lequel m’aymoit fort, car madame la contesse sa femme et moy estions fort proches; et pour ce ne m’appelloit jamais que son nepveu, ny madame de Bourdeille que sa niepce. Si nos histoires de France ne parloient de ce brave seigneur, certes.
4. Qui s’y fàignist, qui s’y épargna. — 2. S’esgember, s’étendre. 3. Désobligé, délié d’obligation. — 4. Pour ce respect , pour cette considération.
COUROJOÎELS FRANÇOIS. 223
j’estendrois ma plume plus avant pour le bien louer, si tant est qu'elle le peust bien faire; aussi qu’il faut faire une fin à ce livre.
Il y a eu aussi le conte Roquandolf qui a esté un très-bon capitaine de son temps, et qui a bien servy le roy; mais, pour avoir esté par trop prodigue, et despendu par trop excessivement, il est venu et descendu à la fin en une telle disette, que je l’ay veu à la court fort pauvre et misérable; si bien que, de tant de biens, moyens et argent qu’il avoit eu d’autresfois, il ne luy estoit pas resté qu’une seule petite maison vers la Normandie, qui ne luy pouvoit pas fournir à vivre pour luy et à deux ou trois valletz ; et s’il n’eust esté voysiu à M. de l’Arehant, qui est tout noble et courtois, qui le secourait et assistoit tousjours de quelque peu, ma foy, il fust mort il y a longtemps soubz le faiz de la pauvretté. Quel changement de fortune I Luy si grand, extraict d’une si grande maison d’Allemaigne, avoir eu tant de moyens, en avoir tant consommé en son pays, en France et jusques en Constantinoble, qu’on ne parloit que de la despance et magnificence du conte Roquandolf, et le voir maintenant réduiet à tel poinct ! Non pourtant qu’il se soit laissé aller de cœur, car il en monstre encor quelque belle marque. Sa façon est fort belle, car il est beau et haut personnage de taille; sa conversation très-bonne et agréable, et qui raconte bien ce qu’il a veu, et l’en faict bon ouyr parler; point importun autrement, sinon aux roys et grandz, et mesmes aux financiers quand il leur demandoit ce