Le texte porte à tort visitées
DISCOURS
s’y estoient mis pour voir le cruel passe-temps; de 6orte que la confusion s’en ensuivit si grande, tant par la cheute dudit esohafl'aut , et par les crys, les plaintes et le mal que se faisoient et enduroient les damoiselles et gentilshommes, si bien qu’on ne sçavoit à quoy s’amuser, ou de voir la fin du combat, ou aller secourir ces pauvres créatures sc blessans, se pressans et s’estouflans si misérablement les uns les autres. Cependant sur ce grand esclandre, tintamarre et trouble, y eut quelques-uns des amis et parens du baron des Guerres qui prenant l’occasion à propos, se mirent à crier : « jettez-lui du sable dans les yeux et la bouche », ce qu’ils n’eussent osé faire sur la vie sans cet escandale de cet eschaffaut rompu, d’autant que par les loix du camp cela est fort deffendu, et par le bandon qui se fait sur la vie de ne rien dire, non pas parler, tousser, cracher, moucher, ni faire aucun signe qui peust porter ou paroistre. Pour fin le baron, qui n’en pouvoit plus pour les grands efforts qu’il faisoit à sa playe et à en jetter sang, entendit fort bien l’advertissement, et amassant du sable duquel le camp estoit aplanny pour favoriser les deux combattans, s’il fust esté rabotteux, ne faillit d’en jetter dans les yeux et la bouche de son ennemy, si bien qu’il fut contraint de se rendre, ce disent les partisans du baron, dont crièrent : « Il se rend. » Ceux de Fandilles disent que non ; et parce que le grand bruit et grosse rumeur de cet eschaffaut rompu et de l’escandale arrivé continuoit tousjours, on ne peut rien ouyr de ce que disrent les combattans. M. de Bouillon , comme juge, ordonna qu’ils fussent séparez, et soudain le
SUR LES DUELS
baron se leva, et se mit à faire estancher sa playe et se penser, car il n’en pouvoit plus; et ainsi qu’il vouloit disposer de son ennemy à sa volonté, et luy faire pastir la mesme peine que l’autre luy avoit préparée et assignée, il y eut une très-grande altercation entre les parrains, d’autant que M. le vidasme parrain de Fandilles , disoit et affermoit tousjours qu’il n’avoit jamais ouy la voix de son filleul , ny la parole qu’il se rendist. Le parrain du baron (il me semble avoir entendu que c’estoit M. de Pavan*, de Lorraine, brave et vaillant gentil-homme) affermoit tousjours le contraire, et vouloit que son filleul triomphast et usast des loix du camp, qu’il avoit acquises justement; mais M. de Bouillon, prenant advis de soy et d’autres grands capitaines, ordonna que les choses n’iroient plus avant, et se contenteroit le baron de la raison, d’autant qu’il y avoit fort à disputer là-dessus, pour le doute qu’on avoit de la redition qu’on n’avoit peu avoir ouy clairement. Pour fin les deux combattans firent très-vaillamment, et le vaincu par emprès ne laissa à se trouver en de bons lieux pour le service du roy, et mourut honnorablement à l’assaut de Caunis‘ assiégé par M. le mareschal de Brissac, et y fut remarqué pour avoir monté des premiers à la bresche, et tué au plus haut. J’ay esté, possible, trop long en ce conte, mais parce qu’il est beau, je n’y ay rien voulu oublier, l’ayant ouy conter à feu M. le vidasme et à d’autres honnestes gentils-hommes partisans tant d’un costé que d’autre. Par ainsi voyons- nous les misérables et