‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 130 sur 270 · C’est la sixième des Histoires tragiques de Bandello · texte numérisé non relu

C’est la sixième des Histoires tragiques de Bandello

3. Voyez, dans V Histoire aggrégative des Annales et Croniques d'Anjou de Bourdigné (édition de 1529, f“* 47 et suiv.), le chapitre xvi de la deuxième partie : Comment.... Ingelgerius

SUR LES DUELS

que Ingelgerius, comte de Gastinois, une nuict estant couché avec sa femme, trespassa auprès d’elle qui ne s’en apperceut aucunement jusques au matin qu elle le trouva tout mort auprès d’elle ; c’est à sçavoir, si fit aussitost appeller tous les gentilshommes, chevalliers, dames et damoiselles pour leur montrer à tous ce piteux spectacle, dont elle en fit un très-grand deuil. Il y eut un gentilhomme du lignage du comte, qui s’appelloit Gontran, qui en accusa la comtesse, et de la mort et d’adultère, et qu’elle s’estoit meffaicte en mariage envers son mary, et que, pour mieux maintenir et à son aise sa vie lubricque, elle avoit meurtry son seigneur. De ce débast fut adverti le roy Louys le Bègue qui devant luy fit venir la comtesse et Gontran, car il aymoit fort le comte trespassé. Leurs raisons ouyes tant de l’un que de l’autre, et qui ne gissoient guières bien en preuves apparentes, Gontran jetta son gage contre la dame ou autre qui voudroit sa querelle soustenir ; la dame faisoit serment sctlemnel que l’accusation estait fausse. Messire Gontran, ne se contentant de cela, offrit en champ de bataille contre tout homme son dire soustenir et prouver par son corps, qu’ainsi estait. Si fut la matière assez longuement desbatue des barons par plusieurs raisons alléguées d’un costé et d’autre, mais enfin fut déclaré (eu esgard à la coustume observée en France) puisque l’accusateur vouloit par bataille prouver son dire et jetter son gage, que la dame se devoit pareillement deffendre par un champion qui le combat pour elle

deffendit la dame de Gastinqys, sa moraine , des crimes de adultère et homicide.

DISCOURS

entreprise i)e cette sentence ladite dame fut fort estonnée, laquelle regardant beaucoup de ses parents, amis et gentilshommes de sa maison piteusement, n’en trouva aucun qui s’offrist, non qu’ils doublassent de sa juste querelle, mais ils redoubtoient de la vaillance et force dudit Gontran; mauvais et poltrons parens estoient. Par cas, se trouva en cette assemblée Ingelgerius comte d’Anjou, jeune prince qui n’avoit encore atteint seize ans, lequel ladite comtesse avoit tenu sur les saincts fons de baptesme et luy avoit donné le nom propre de son mary, et par ainsi estoit son filleul. Luy voyant sa marrine à si mauvais point réduite, il vint se présenter pour la deffendre et se jetter à genoux devant le roy pour accepter le combat et gage de Gontran pour la querelle de sa marrine (quelle bonté de filleul, et à propos, et quelle vertu de baptesme ! ) et aussitost contrejetta son gage à Gontran qui le recueillit et le prist : car telle estoit la coustume que celuy quiappelloitjettoitungand pour gage, et l’appellé le levoit, et si quelquesfois tous deux bailloient le gage, et s’appelloit gage de bataille (comme devant le roy Charles cinquiesme firent Jehan de Guistelles de Haynaut, et Pierre de Bournezel qui leva le gage jetté par l’autre). Le roy en voulut divertir ledit comte Ingelgerius tout ce qu’il peut, en lui usant de ces propres mots dits en l’histoire : « mon fils, jeunesse et peu d’advis font aucunes fois « à ceux dedans lesquels se logent entreprendre si « hautes choses, que puis après ils succombent soubs « le faix; pour ce pensez-y, et que vous estes un peu « trop jeune pour combattre un tel chevallier comme « Gontran. D’autre part vous commencez vos pre-

SUR LES DUELS

a mières armes par un champ de bataille mortelle, et « pourtant, mon fils, pensez mieux à vos affaires. » Nonobstant cette belle remonstrance, le petit comte tout courageux persista en son dire et sa résolution, dont toute la cour avoit pitié de luy, disant que c’estoit grand dommage d’envoyer un tel et si bel enfant à la boucherie et à la mort. Qui fut bien aise d’autre part, ce fut la comtesse sa marrine qui l’en remercia et festoya grandement, luy remonstrant le tort de son accusation, et de combattre hardiment, car c’estoit sur une vraye vérité et bon subject. L’endemain au matin à heure de dix heures la bataille fut assignée ; le comte ayant salué et pris congé de sa marrine, et ayant ouy sa messe, se recommandant à Dieu, et ses aumosnes et offertes 1 distribuées , et s’estant garni du victorieux signe de la croix, monta à cheval et entra dans le champ de bataille où il trouva son ennemy Gontran tout prest de l’assaillir, La dame comtesse de Gaslinois fut mandée , et furent les sermens accoustumez pris d’un costé et d’autre, puis les deux champions s’entrecoururent fort rudement. Gontran atteignit le jeune comte sur son escu, si qu’il le fauça tout outre, et le comte le frappa si impétueusement, que ni escu, ni harnois ne le peurent empescher qu’il ne lui passast la lance tout au travers du corps, et l’abbattit de son cheval par terre. Lors le comte descendit et luy coupa la teste laquelle il présenta au roy qui l’accepta de bon cœur, et en fut très-joyeux, comme s’il luy eust fait présent d’une cité. La comtesse fut soudain mise en pleine délivrance, laquelle

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