‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 131 sur 270 · Offertes , offrandes · texte numérisé non relu

Offertes , offrandes

DISCOURS

humblement remercia le roy, et puis vint devant tout le monde baiser et accoler de bon cœur son filleul, auquel le lendemain, en récompense du trèsagréable service qu’il luy avoit fait, luy donna par la volonté du roy, la seigneurie de Chasteau-Landon et plusieurs beaux fiefs et chastellenies en Gastinois, desquelles ledit comte dès lors en fit au roy hommage, et elle vesquit religieusement en jeusnes, prières, aumosnes et œuvres vertueuses le reste de ses jours. C’est à sçavoir si, premièrement ou après, elle ne luy fit quelque petite courtoisie de son corps, pour telle obligation de vie et d’honneur , qui ne se pouvoit récompenser si bien par cette donnation de son bien, comme par un honneste amour et belle charité de sa chair ; et quel mal pour cela ! Le refus en fust esté par trop ingrat.

De cette histoire, bien que l’aye abrégée le plus que j’ay peu, se peut recueillir et noter l’usance antique qn’il y avoit en France de ces combats et jettemens de gages, et comment les chevalliers y estoient receus quand ils vouloient accuser ou deffendre par bataille de leur corps, et mesmes pour la deffence de l’honneur et de la vie des dames, et croi (comme j’ay ouy dire à de gallans hommes et que j’en ay veu l’institution qui le porte ainsi) cette coustume avoir estée venue et introduicte par le roy Artus de la Grande-Bretagne , lequel lorsqu’il fonda l’ordre des chevaliers de la Table-ronde, parmi leurs plus belles institutions et ordonnances, ils estoient tenus et estroictement liez de combattre pour les dames, et soustenir leurs vies, biens et honneurs, ainsi que nous en voyons une infinité d’exemples dans nos

SUR LES DUELS

vieux romans; entre lesquels le plus beau, si me semble, c’est de ce brave Renaud de Montauban, lorsqu’arrivant en Escosse, à Saint André (j’ay veu la place), y envoyé par l’empereur Charlemaigne, pour quérir secours, il délivra de mort et de feu la belle Genièvre qui s’en alloit du tout perdue, et fit porter à son meschant accusateur la peine qu’il vouloit faire sentir à cette belle créature; car de miséricorde il n’en falloit point parler; il falloit ou mourir sur le coup, ou se rendre; et estant rendu, la condition en estoit encores pire que la mort, car l’ignominie en estoit plus grande; et outre, le vainqueur en pouvoit disposer comme il luy plaisoit , ou le tuer, ou le tenir prisonnier, ou s’en servir d’esclave, ou le louer, ou le vendre, engager ou donner, ainsi que j’en ay discouru dans le chapitre de la revne Jehanne de Naples1, et que le vénérable docteur Paris de Puteo* qui a gentiment escrit des duels, traite que cette belle et généreuse revne tenant un jour, entre ses plus grandes festes et magnificences, le bal ouvert dans la grande salle de son cbasteau de Gayette, elle

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