‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 132 sur 270 · Voyez sa vie dans un des volumes suivants · texte numérisé non relu

Voyez sa vie dans un des volumes suivants

2. L’ouvrage de Paris de Puteo, publié à la fin du xv* siècle sous le titre de De re militari , a été réimprimé plusieurs fois au siècle suivant et, entre autres, dans le tome XVI du grand recueil : Tractatus illustrium in utraque tum pontificii tum exsarei juris facultate jurisconsultorum, Venise, 1583-83, 28 vol.in-fol. Le tome XII du recueil contient d'autres écrits relatifs au duel, savoir : De Duello, Joannis de Lignano. — De Duello, Jacobi de Castillo. — De singulari certamine, Andreæ Alciati. — De Duello, Julii Ferretti. — Contra usum duelli, Antonii Massa*. — Le traité de Paris de Puteo a été traduit en italien, Venise, 1521, in-S", et c'est de cette traduction que Brantôme s'est servi.

DISCOURS

prit pour la mener dancer le seigneur Galeazzo de Mantoue, gentilhomme fort accomply de ces temps; et la dance finie, il luy fit une grande révérence, le genouil en terre, et la remerciant très-humblement de l’honneur, qu’elle luy avoit fait. Ne sçachant en quoy la recognoistre par aucun service condigne, luy fit vœu d’aller errant qui çà, qui là, parmy le monde, et tenter tous hazards et faits chevalleureux, à toutes heures et rencontres de chevalliers errans, jusques à ce qu’il auroit vaincu et conquis par armes deux vaillans chevalliers, et les luy eust amenez à ses pieds pour luy en faire présent, et d’en disposer comme bon luy sembleroit. Telles courtoisies se rendoient le temps passé parmy les chevalliers envers les dames, selon l’usance des chevalliers errans. La fortune fut si grande pour ce gentilhomme, que dans l’an il fit et s’hazarda tant, qu’il conquit en la Bourgoigne, en Bretaigne et Angleterre, sa proye, et accomplit son vœu envers la reyne, et amena ses prisonniers; mais elle très-gentile , bonne et très-courtoise, aussi estoit-elle pour lors la plus belle princesse du monde et la meilleure, et estoit-elle aussi sortie du noble sang de France, ne voulut envers eux user d’aucun privilège cruel pratiqué de ces temps envers eux, pour les retenir en vile et serve condition comme esclaves , mais les receut trèshumainement, leur fit une très-bonne chère, leur donna congé et liberté tout ensemble, les renvoya avec quelques présens encore, et s’en allèrent ainsi très-contens d’avec elle, grand mercy à sa bonté, beauté et générosité ; car elle en pouvoit faire comme il luy eust pieu; j’en fais ce conte mieux en sa vie.

SUR LES DUELS

Voilà pourquoy ce docteur Paris a raison de louer ce trait, et désapprouver celuy des chanoines de Saint Pierre de Rome. Sur ce ledit vénérable docteur Paris de Puteo se met à exalter (comme de raison) cette généreuse reyne, pour ce beau trait, en déprimant et meslouant* fort celuy que firent lesdits chanoines de Saint-Pierre de Rome à l’endroit d’un pauvre diable de chevallier, lequel ayant esté vaincu par un autre qui l’avoit voué pour pénitence et donné ausdits messieurs, les chanoines l’acceptèrent de très-bon cœur, sans luy faire aucune grâce ny courtoisie libre, ains le menèrent et le contraignirent là qu’il se pouvoit aisément et librement se pourmener dans l’église comme bon luy eust pieu, et de se présenter devant la porte et d’adviser le monde de là en hors, mais l’outrepasser d’un pas seul, non, tant il estoit encore plus misérable; et le gardèrent ainsi longtemps en cet estât misérable , certes pire que la mort. Voilà pourquoy le vénérable docteur a raison d’exalter ladite reyne Jehanne et déprimer messieurs lesdits chanoines *. Bref, selon les loi* lombardes et anciennes coustumes, les conditions des vaincus estoient fort viles, sordides et fort misérables. Si y en a-il eu pourtant de nos temps ou de nos pères, de ces combattans à outrance et vainqueurs, qui ont estez modestes, et qui en leurs victoires ont adoucy les rigueurs de leurs loix et dispositions de droits.

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