Meslouer, blâmer
2. Voyez Paris de Puteo, dans le Irnctatus illustrium.... jurisconsultorum , t. XVI, fol. 423, col. 2. Cf. p. 249, note 2.
252 DISCOURS
Il se fit un gentil combat au siège de Florance, ordonné par ce grand capitaine le prince d’Orange (Paulo Jovio en fait le conte, mais non si gentiment comme je l’ay leu en un livre espaignol *, et ouy raconter dans Fleurance autresfois). Le siège y estant doncques, comme chascun sçait, plus par leurs divisions , partialitez , que autres choses , il y eut un combat représenté par quatre jeunes hommes florantins ; les deux estoient dans la ville assiégez, et les deux autres assiégeans hors la ville, ainsi que coustumièretnent se voit en guerres civiles. Ceux de la ville furent ceux qui de gayetté de cœur ou d’animosité, ou despit, envoyèrent le cartel au camp du prince d’Orange, et luy demander le combat contre deux autres de leurs concitoyens qui estoient en son armée. Soudain ils furent pris au mot par autres deux vaillans jeunes hommes de la ville, qui estoient hors pourtant, dont ce combat fut accordé et assigné par ledit prince, au lendemain, avec toutes seuretez et belles paroles données. Estans donc tous quatre entrez dans l’estaquade ou le camp qui estoit environné d’une grosse corde que les lansquenets gardoient environnez tout autour avec leurs piques, les solemnitez et cérimonies y requises bien observées , n’ayans nulles armes deflfencives, tous en pourpoinct, sinon olfencives, qui estoient espadas muy affiladas y a gudas *, il pleut ainsi à la fortune de Mars de leur vouloir estre esgalle à l’un et à l’autre party, car un de
1. Voyez dans Vallès, fol. 316 : Desafio notable de qualro Florentines , en presencia del principe de Orange.
SS. Épées bien affilées et pointues.
SUR LES DUELS
ceux de dedans fut vainqueur, et l’autre vaincu ; et de mesmes ceux de dehors, après avoir chascun fort et très- vaillamment combattu, et d’un hardi courage, sans oublier rien du devoir de hardys combattans dont, entre autres, il y en eut un de ceux de dedans qui vint à estre blessé à la mort , et rendant force sang, qui le débilitoit beaucoup, celuy de dehors luy dit alors qu’il se rendist. L’autre n’en pouvant plus et abhorrant ce mot pourtant de se rendre à son ennemy, luy respondit seulement et advisément pour mieux garentir son honneur : a je me rends à monsieur le prince » . Soudain son ennemi lui réplique : « il n’y a point ici autre prince que « moy, et je n’y cognois point dans ce camp aucun « que moy, et faut que tu le croyes, et qu’il n’y a « nulle grandeur et authorité icy que mon espée, « par quoy rends-toy à moy et non à d’autre. » Sur ces paroles l’autre tumbant en terre, donna signal qu’il estoit vaincu , non par faute de courage , mais par désastre de la guerre. Toutesfois l’ennemy fut honneste, et se sépara ainsi la victoire esgalle en perte et en bien. Telle brave response firent ces deux braves cousins Espaignols (desquels j’en parle ailleurs) à Scipion l’Affricain en Espaigne *, lesquels tous deux contendans à une mesme seigneurie que tous deux disoient leur appartenir, concertèrent ensemble de la débattre par les armes, et entrer en camp; et ainsi que Scipion (tout courtois et bon qu’il estoit) leur pensa remonstrer qu’estant si proches, il valloit
I . Voyez Plutarque, Vie de Scipion t Africain, chap. xii, et Tile-Live, liv, XXVIII, chap. ui.
DISCOURS
mieux s’en remettre à des arbitres et juges, sans en venir là: a non, non luy, respondirent-ils, en cela « nous ne voulons recognoistre autres dieux ny autres « juges que le dieu Mars et nos espées. » Or d’autant que ce combat de ces Florantins est signalé, j’ay bien voulu mettre leurs noms, tant des vaincus que des vainqueurs, car les uns et les autres sont dignes à louer. De ceux de dedans, l’un se nommoit Dante Castellan *, et contre lui combattoit par ceux de dehors, Bertinello Ballandin qui combattoient d’un costé du camp : de l’autre costé combattoit le compagnon de Dante, du dedans, Ludovico Martelly, contre son adversaire Juan Bombin. Pour fin, Dante vainquit Bertinello, et sans disposer en rigueur de sa personne, le laissa là et s’aUa assoir ; ne luy estant loisible d’aider à son compaignon, (ce qui est à noter) il s’assit fort bien pour voir le jeu et pour se reposer. Cependant le prince (par la permission du vainqueur) fit jetter hors du camp le jeune homme Bertinello , et commande le faire penser. Ludovico Martelly combattit Juan Bombin, lequel il mit à tel point qu’il luy tint les propos que j’ay dit de se rendre : mais Bombin faisant sa responce précédente fut vaincu, et pourtant gracieusement traité de son victorieux, sans le faire passer soubs les loix rigoureuses des Lombards, pour ces duels. Ce combat fut beau et galland, et qui le voudra considérer sur aucunes particularitez n’en fuira pas mal son profit.
Lorsque M. de Nemours, Gaston de Foys, lieute-