Lucrèce Borgia, femme d’Alphonse d'Este, duc de Ferrare
DISCOURS
touchée de pitié, pria à joinctes mains M. de Nemours qu’il fist despartir le combat1, et que l’autre ne poursuivist point son ennemy jusques à la mort; mais M. de Nemours luy respondit à cela : « Madame, « vous ne doublez point combien je vous suis servi- « teur, et qu’il n’y a chose au monde que je ne vou- « lusse faire pour vous rendre marque très-asseurée « de ma volonté; mais en cecy je n’y puis rien, et « ne puis nullement offencer la loy du combat, ny « honnestement prier le vainqueur contre la raison , « ny luy oster ce qui est sien par l’hazard de sa vie. » Toutesfois ce fait se termina par une gentille invention, car son parrain s’advança et dit : « Senor Azevedo, (car ainsi s’appelloit l’un des combattans, et l’autre le capitaine Sainte-Croix) « je cognois bien au cœur « du capitaine Sainte-Croix qu’il mourroit plustost a que de se rendre, mais voyant qu’il n’y a point de a moyen en son fait, je me rends pour luy, » et ainsi demeura victorieux Azevedo, et en rendit grâces à Dieu, et fut emporté du camp avec grandes resjouissances, pompes et magnificences; et fut soudain pensé Sainte-Croix , et estanché le sang de sa playe, et ses gens l’emportèrent avec ses armes lesquelles Azevedo s’estant oublié dès le camp de les emporter avec luy, envoya demander (comme à luy appartenantes) pour s’en triumpher : mais on ne les voulut rendre ; dont les plaintes en estant venues à M. de Nemours, M. de Ferrare, par M. de Bayard qui en avoit esté le mareschal de camp, luy fit donner commission d’aller dire à Sainte-Croix qu’il eust à