Déterminément, avec détermination
sua LES DUELS.
qu’il ne recognoissoit aucun prince dans le camp que luy, et ce que dit M. de Nemours à madame la duchesse, s’excusant qu’il n’avoit là aucune puissance sur le vainqueur; ainsi qu’il est vray, selon les anciens articles de la loy du duel.
Mais il y a eu despuis des roys, princes et seigneurs, souverains et leurs généraux qui voyans les abus et les cruautez en cela par trop grandes, lorsqu’ils ont accordé les camps, se sont réservez des puissances et autoritez pour en disposer comme bon leur sembleroit, et comme grands juges et souverains magistrats, ainsi que fit le roy François au combat de Cersay et Vigniers*, qui fut fait à Moulins au retour du camp de Piedmont; car ne voulant voir le dernier hazard de la fortune en ce combat, jetta le baston et en décida, ainsi que le conte en est bien escrit dans les mémoires de M. du Belay, lequel je me passeray de le transcrire icy, puisqu’il est très-bien et à plein escrit dans ce livre, et l’ay ouy ainsi raconter à feu M. le connestable dans Moulins, et en ce lieu mesme, dont il s’en devoit bien souvenir, car ce fut là, et lors qu’il fut fait connestable, le disoit-il. De mesme façon, jetta-il aussi le baston à Fontainebleau, pour le combat de Juillem Romero et de l’autre espaignol*, plus certes
1 . Helyon de Barbanson, sieur de Sarzay, et François de Saint- Julian, sieur de Venyers. — Voy. Mémoires de M. du Bellay, année 1538; L Ordre au combat de deux gentilshommes faict en la ville de Moulins , goth., in-4°, s. d.; et l’ordonnance de François I*' à ce sujet, dans le ms. 272 de la collection de Mesmes, F 144.
2. Julien Romero était un capitaine espagnol fort renommé, qui, après avoir servi François I", se mit à la solde de l’évêque
262 DISCOURS
parce qu’il voyoit qu’ils ne faisoient rien qui vaille, sinon badiner de paroles, de gestes et de démarches, que pour autre subject, comme j’ay ouy dire à ceux qui y estoient.
Le roy Henry son fils en fit de mesmes au combat de M. de la Chastaigneraye , jetta de mesme le baston, mais trop tard, et ce jetlement de baston que leurs Majestez tenoient en la main , et le tiroient , portoit telle loy en sov si rigoureuse , qu’aussitost qu’il estoit tiré, il ne falloit sur la vie que pas un des deux combattans passast plus oultre, ains qu’il cessast et relirast aussitost son coup, quand bien il l’auroit tout prcst de le faire, et puis soudain les juges mareschaux et gardes du camp survenoient, qui séparaient le tout.
M. le grand maistre de Chaumont, lieutenant du roy en l’estât de Milan, accorda un combat à deux Espaignols aussi à Parme, qui luy en avoient requis1, l’un se nommoit le seigneur Peralte, qui autresfois avoit esté au service du roy de France, et fut tué d’un
de Lie'ge, et fut fait prisonnier lors de la prise de Dînant par les Français, en 1554. Il s'était autrefois, dit de Thou (liv. XIII), battu en duel à Fontainebleau, en présence de François I", contre un autre Espagnol. « Le roy, dit Mergey, leur avoit donné le camp, avec toutes les fanfares et formalitez en tels cas requises ; mais les deux champions estant mis dedans le camp par leurs parins, la partie de Julian ne voulut point venir aux mains, et tournoient autour du camp, ne faisoit que cryer à son ennemy qui le suyvoit : No le quiero, Juliano; proverbe qui a longtemps couru en France. » ( Mémoires de Jean de Mergey, collection Michaud et Poujoulat, première série, t. IX, p. 559.)
Romero mourut à Crémone en 1578, étant premier mestre de camp général de l'année espagnole (voyez jStrada, liv. IX).