‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 138 sur 270 · Voyez le Loyal Serviteur, cbap. xi.vn · texte numérisé non relu

Voyez le Loyal Serviteur, cbap. xi.vn

SUR LES DUELS

coup de faucon (je parle à l’antique) au camp de la Fosse, ainsi que le seigneur Jehan-Jacques1 2 chassoit l’armée du pape; et l’autre Espaignol s’appelloit le capitaine Aldano ; leur combat fut à cheval à la genette et à la rapière, et le poignard (ainsi parloit-on alors) et chascun trois dards à la main. Le parrain de Péralte lut un autre Espaignol, et celuy d’Aldano fut le gentil capitaine Molard. Il avoit tant neigé que leur combat se fit en la place de Parme où on l’avoit relevée, et n’y ayant autres barrières que de neige. Chascun des deux combattans fit très-bien son devoir, et enfin le seigneur de Chaumont qui avoit donné le camp, et en estoit juge, les fit sortir en pareil honneur. Voilà comment aucuns roys, princes et juges de camps, se sont attribuez ces prééminences et authoritez pour mieux en adoucir les rigueurs; et ne les faire venir à leurs extrémitez; aussi avoient-ils raison, car cela ne sent point son prince ny son seigneur chrestien d’aller paistre et soûler ses yeux humains d’un spectacle de telles cruautez inhumaines jusques à l’extrémité; car le lion, le plus fier et cruel des animaux, quand il a vaincu et porté par terre son ennemy, le laisse Là et s’en va.

Parmy les faits mémorables de M. de Bayard, il se parle d’un beau combat de luy qu’il fit au royaume de Naples, contre un galand capitaine espaignol qui se nommoit Dom Alonzo de Soto-Maior *; lequel ayant

1. Le maréchal de Trivulce. Brantôme veut probablement parler de la défaite des troupes de Jules II devant Bologne en 15M.

2. Le récit de ce combat est, comme le précédent, emprunté, et souvent textuellement, au Loyal Serviteur, ch. xxi et xxu.

DISCOURS

esté prisonnier de guerre de M. de Bayard, et en ayant pris quelque mescontentement, publiant qu'il l’avoit très-mal traité, et non en cavallier qu’il devoil estre, c’estoit pourtant contre raison qu’il disoit cela, car au monde il n’y eut plus courtois que M. de Bayard. Parquoy, luy bien ennuyé des propos qu’en tenoit l’Espaignol, l’envoya desfier de sa personne à la sienne en camp-clos; ce que l’autre accepta, fust à pied, fust à cheval, et brava fort, et qu’il ne se desdiroit oncques de ce qu’il avoit dit de luy. Le jour donc assigné estant venu, M. de la Palisse, accompagné de deux cens gentilshommes, emmena M. de Bayard son champion monté sur un beau coursier, habillé de blanc, par humilité, dit le conte, pensant combattre en cet estât; mais Don Alonzo à qui appartenoit l’élection des armes, dit qu’il vouloit combattre à pied, tant parce qu’il n’estoit, faignoit-il, si adroict à cheval que M. de Bayard, que ce jour-là c’estoit son excez1 de fiebvre quarte qu’il avoit gardé deux ans, et par ce en estant plus foible, en pensoit avoir meilleur marché. M. de la Palisse et autres ses conlidans luy conseilloient pour l’amour de sa fiebvre, s’excuser et combattre à cheval; mais M. de Bayard tout plein de courage, et qui jamais n’en reffusa homme, ny voulut point contredire, ny faire nulle difficulté ny dispute, se résout combattre à pied, ce qui estonna Don Alonzo, pensant que son ennemy n’y condescendist jamais, mais il n’estoit plus temps ae s’en desdire, car la bégace* en estoit bridée,

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