De Valdes, suivant le Loyal Serviteur, édition de
4. C’est-à-dire Don Alonzo, lui aussi, ne se montra pas étonné.
266 DISCOURS
me quereys? Il luy respondit : « Je veux deffendre mon honneur » ; et sans plus de paroles s’approchèrent et se ruèrent tous deux chasque un merveilleux coup d’estoc, dont de celuy de M. de Bayard fut un peu blessé Dom Alonzo au visage en coulant. Si se ruèrent plusieurs coups sans auttrement s’atlaindre. M. de Bayard cogneut la ruse de son ennemy qui, incontinant ses coups ruez, se couvroit le visage, de sorte qu’il ne luy pouvoit porter dommage, et pour ce s’advisa d’une finesse; c’est, ainsi que Dom Alonzo leva le bras pour ruer un coup, M. de Bayard leva aussitost le sien, mais il tint l’estoc en l’air sans jetter son coup, et, comme asseuré, quand celuy deson ennemy fut passé, et il peut choisir à descouvert, luy va donner un si merveilleux coup dans la gorge, que nonobstant la bonté du gorgerin, l’estoc entra dans la gorge quatre bons doigts, de sorte qu’il ne le peut retirer. Dom Alonzo se sentant frappé à mort, laissa son estoc et saisit au corps M. de Bayard qui le prit aussi comme par manière de luicte, et se pourmenèrent si bien que tous deux tumbèrent à terre l’un prés de l’autre; mais M. de Bayard diligent et soudain, prit son poignard et le mit dans les naseaux de son ennemy, en luy escriant : « Rendez-vous, « Senor Alonzo, ou vous estes mort. » Mais il n’avoit garde de parler, car desjà estoit trespassé. Alors son parrain Dom Diego de Guignonnes commença à dire : Senor Bayardo, es muerlo : vincido haveys' ; ce qui fut trouvé incontinent, car plus ne remua pieds ne mains. Qui fut bien desplaisant, ce fut le bon