‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 142 sur 270 · Jssotj, assouvi. — 2. Exquisement, soigneusement · texte numérisé non relu

Jssotj, assouvi. — 2. Exquisement, soigneusement

SUR LES DUELS

voire mesmes des confidans, mais pour une fiebvre quarte, l’excuse n’estoit nullement valable; aussi M. de Bayard ne l’alléga nullement. Bien est vray que si quelques jours avant son combat, il fust allé à la guerre, et qu’il y fust esté blessé à la mort, ou cassé un bras, une jambe, ou qu’il eust esté fait impotant de son corps en cette expédition, ou fait prisonnier de guerre , bref, s’il fust intervenu un si grand acci- . dent, dont il s’en peut nombrer une grande quantité, ausquels le diable mesme ne sçauroit fournir, pour cela M. de Bayard, ny tout autre en cas pareil, ne sçauroit estre vaincu, ny tomber en déshonneur; mais pour ce petit accident de fiebvre, il ne devoit refuser, comme il ne fit, et ne voulut guières débattre. Aussi son ennemy le pensant bien prendre au pied levé de son advantage, renvoya bien loing les raisons de M. de la Palisse et autres ses confidans et parrains, n’estant pas si sot de donner l’advantage à son ennemy, puisqu’il avoit le choix des armes, et le voyant foible et débile, ne voulut combattre à cheval pour l’advantager sur luy, mais à beau pied, s’en sentant mieux prévalu et sa partie mieux laite, ce qui advint autrement. Mais pourtant faut avoir esgard sur cet exemple, de n’eslargir aucun point de courtoisie, ny le moins du monde, à son ennemy tant qu’il a les armes au poing, jusqu’à ce qu’on le void soubs soy et à ses pieds. Je m’asseure que plusieurs capitaines et cavaliers seront de mon opinion en cela, ne la tenant pas pourtant de moy toute, mais de plus grands que moy; et voilà pourquoy feu mon oncle de la Chastaigneraye fit une grande faute, et ses confidans et parrain, qu’à lüy appartenant l’élection des

DISCOURS

armes de juste droit, librement et volontairement la laissa aller au seigneur de Jarnac son ennemy ; mais il se sentoit si brave, et vaillant et courageux et mesprisaut son ennemy, qu’il luy voulut tout céder sans nul contredit. Toutesfois le malheur de Mars luy fut tel, qu’il y perdit la vie, non pas l’honneur, ainsi que dit M. de Montluc en son livre1, luy qui avoit tant aymé feu mondit oncle, et que mesmes (je ne luy feray point de tort de dire cela ainsi que j’ay sceu tant des miens que d’autres gentilshommes) feu mondit oncle avoit aydé à le pousser et faire valloir beaucoup à la cour, et bien cognoistre ses vaillantises, encore qu’il dise que madame d’Estampes*, belle-sœur de M. de Jarnac, luy fust contraire, parce qu’il estoit amy et grand confidant de feu mon oncle ; mais pas maille pour cela, car il ’ le fit autant aymer et cognoistre à la cour qui estoit toute à la disposition de mondit feu oncle, et mesme après la mort du roy François; aussi qu’à tout y a commencement, et les nouveaux venus sont tousjours faits et cogneus par les vieux là où ils vont. Davantage, en ce temps on eust eu beau à estre vaillant et faire autant de braves exploits de guerre comme un Cæsar, si l’on n’estoit cognu à la cour, ou quelqu’un ne le poussast.

1. « Une babillardc causa la mort de M. de la Chastaigneraie. S'il tn’eust voulu croire et cinq ou six de ses amis, il eust démeslé sa fusée contre M. de Jarnac d’autre sorte ; car il combattit contre sa conscience, et perdit l’honneur et la vie. » ( Commentaires, t. III, p. 138-139.)

2. Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes, maîtresse de François I". Sa sœur, Louise de Pisseleu avait épousé Jarnac.

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