‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 143 sur 270 · Il, la Chastaigneraie · texte numérisé non relu

Il, la Chastaigneraie

SUR LES DUELS

c’estoit peu de sa fortune : ainsi mesmesque de mon temps j’ay veu de mes propres yeux plusieurs braves capitaines avoir fait le diable à la guerre, et venir à la cour; s’ils n’estoient advaneez et jjoussez par quelque courtisan, ma foy, ce n’estoit rien d’eux. Je ne pense point faire de tort à feu M. de Montluc de dire que feu mon oncle ne luy a point nui en son temps, mais beaucoup servy; car j’ay veu des petits courtisans faire de bons offices à des grands, tant de guerre, qu’autres, que pour un seul rapport qu’ils faisoient, ou une petite sollicitation, en moins d’un rien les voilà sur le haut de la fortune, jusques à estre aucuns chevalliers de l’ordre. Ceux qui ont veu nos cours de France seront de mon advis. Voilà pourquoy je ne pense point faire de tort à M. de Montluc de dire que, nonobstant ses longs services, vaillances et hauts faits, il eut besoing des faveurs, supports et bons offices de ses amis; car mesmes je l’ay veu en ses plus grands advancemens d’estat et de charges, autant affamé et nécessiteux de faveur qu’un autre, pour les charitez que j’ay veu moy-mesmes et ouy à la cour luy prester. Voilà pourquoy je m’estonne encore un coup que luy, ayant trouvé un si bon et franc amy que feu mon oncle à la cour, et tel qu’il estait trèsfavory du roy et de M. le Dauphin, ses maistres, et de tous les plus grands, ne devoit après sa mort avoir passé ce mot d’avoir perdu l’honneur; car nul ne le perd en ce jeu, s’il ne se rend comme un poltron pour sauver sa vie; mais il ne se rendit jamais, disant tousjours : « tuez-moy » ; et fit-il bien plus; car ainsi qu’on le pensoit, de despit s’arracha ses emplastres et rendit ses playes plus grandes qu’elles

DISCOURS

n’estoient, par ses mains, ses doigts et ses ongles, contre la force et le gré de tous ceux qui le tenoient et de ses chirurgiens. Feu M. de Guise, dit lors M. d’Aumalle, son parrain, fit faire son tumbeau tel et digne de la valleur de son filleul, qui dit autrement que M. de Montluc. 11 est à la mode antique romaine, en latin, que je ne mettray icy selon son original’, pour fuyr une longueur, mais selon sa version.

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