DE FRANÇOIS DE VIVONNB , CHEVALLIER FRANÇOIS TRÈS- VAL LEUREUX
Passant , afin que tu ne sois le seul passant sans avoir regardé la larme à l’œil, et d’un regret relligieux, le deuil d’un roy et de tout un royaume envers François de Vivonnc , l’un des premiers chevalliers d’une des premières familles de France , sçache que, favorisé des heureux auspices et veuilz’ de Henry II, roy de France très-auguste , mais pourtant par fortune adverse il combatit armé en un combat singulier, qui sans ses armes n’eust cède à son ennemy. Ah 1 quel malheur, et quel sort misérable des humains et indigne vicissitude des choses , que celluy qu’on pret- • tend avoir esté vaincu l’ayt esté tout armé, que désarmé il estoit invincible ! L'empeschement des armes et l’art l’ont ainsi voulu. Je te conjure donc par les dieux et par les hommes, toi passant et natif de la France, que tu ne dédies à un’ ingratte oubliance, par un je ne sçay quel petit combat légier, la mémoire de tant de beaux faicts d’armes dont autresfois ce valleureux chevallier luy vivant en a donné tant de preuves pour le service de son roy et du bien public; si que les biensfaicts ne s’oublient pour si peu de chose, ny pour un tel désastre, et afin que tu ne croyc pour chose feinte et fabuleuse ce que je t’en dicte , un grand prince lorrain et françois, et très-excellent chevallier, grandement triste et fasché d’un tel advènement inopiné, a dédié ce tumbeau aux mérites de ce brave et vaillant chevallier poitevin. Voyez, vivez, et à Dieu.
1. C’est-à-dire selon le texte latin. — 2. Vtu.il, bon vouloir.
SUR LES DUELS
Pour parler de cet cmpeschement d’armes et en eselaircir ce qu’en dit ce tumbeau, il faut sçavoir que M. de la Chastaigneraie fut de son temps l’un des plus forts et adroits gentilshommes de France, en toutes armes et façons; et pour la lutte, il n’y avoit aussi si bon lutteur breton, ou autre fust-il, qu’il ne portast par terre; car outre sa force, il y avoit une grande adresse. Il estoit de moyenne taille, et de la belle, fort nerveux et peu charnu. Le seigneur de Jarnac et luy s’estoient fort souvant esprouvez du temps qu’ils estoient compaignons d’armes et de cour, bien qu’il fust plus haut et grand que mondit oncle de deux grands doigts, et plus vieux de dix ans, car mon oncle n’avoit que vingt-huit ans lorsqu’il mourut. M. de Jarnac donc, craignant qu’on ne vinst aux prises, y pourveut fort bien, par l’advis et invantion (que trouva le capitaine Caize, Italien, qui luy aprennoit à tirer des armes pour ce combat) d’un certain brassard tout d’une venue, qui ne plioit nullement, ains faisoit tenir le bras gauche du bouclier tendu et roide comme un pau; ce qui fut un grand désadvantage pour mondit oncle, d’autant que de son bras droit de l’espée il estoit aucunement estropié, au moins peu remis encor, à cause d’une grande harquebusade , qu’il avoit receu à l’assaut de Conys en Piedmont, y estant allé des premiers, car il estoit à tout, lorsqu’il fut assiégé par M. l’admirai d’Ânebaut*. Voylà donc mondit oncle ainsi empesché et gesné de ses deux bras, comme vous voyez; en quoy M. d’Aumalle son parrain et messieurs ses confidans