‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 145 sur 270 · En · texte numérisé non relu

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DISCOURS

eurent très-grand tort de ne débatre point ce brassard gesnant et empeschant ainsi son bras, puisqu’il avoit esté dit expressément par les cartels, de combattre avec armes usitées parmy gentilshommes, ce qui n’a jamais esté veu ni pratiqué parmy gentilshommes ny nos gensdarmes, capitaines et soldats, de porter brassards de telle sorte; et dévoient ces messieurs rejetter cette forme d’armure comme fauce monnoye descriée et point de mise, et ne falloit passer plus outre, ains les contester par vives et bonnes raisons. Mais ces messieurs s’excusèrent et remirent le tout sur l’ardeur du courage de mondit oncle, qui vouloit combalre en quelque façon que ce fust, et s’opiniastra à recepvoir tout ce qu’on luy présentoit, et fust-il chaud comme feu , en quoy ils eurent encores tort ; car comme non seulement parrain et confidans, mais comme vrays curateurs de sa personne, ne le dévoient hazarder ainsi mal à propos, et ne le laisser aller à son opinion et son ardant courage, ains le dévoient contraindre et réduire à la leur et à la raison. Cette faute ne se sçauroit aucunement excuser, et ne sçacbe guières jeune homme, pour si peu d’armes qu’il eust pratiqué , qu’il n’eust débatu cela jusques à la mort. L’on disoit aussi que ledit parrain et confidans se laissèrent aller un peu trop à la sentence des juges du camp, ce qu’ils debvoient contr’eux contendre aussi opiniastrement que l’on fait contre nos juges de justice, quand ils donnent quelque mauvaise sentence contre tout droit : veu aussi que ces juges du camp estoient bien aises de voir la mort de mondit oncle; je n’en diray point les raisons. L’envie fait beaucoup de choses. De plus, le roy

SUR LES DUELS

mesme pour qui mon oncle en partye combattait (le discours en est trop long) devoit avoir là-dessus donné sa sentence et en corriger les juges, puisqu’il aymoit et favorisoit tant mon oncle; mais ce coup il n’eut pas la tenue bonne sur ce poinct. Dieu est juste juge du tout; aussi tous deux sont morts en combat singulier, ainsi que j’en parle en la vie du roy. Tant y a que si mondit oncle ne fust esté ainsi gesné par telles armes, l’on eust veu autre forme de combat, et, possible, autre yssue. Encor cet empeschement d’armes n’engarda pas le seigneur de Jarnac qu’il ne donnast deux dagues, l’une fort longue, pendante sur la cuysse , et l’autre courte, fichée dans la bottine, et tout pour l’appréhention de la prise, et en prist autant pour luy. Il n’en faut plus parler : le destin en avoit jetté son sort. De discourir de la forme du combat, je n’y touche point, car tel parler et souvenir m’est par trop odieux. Telle fortune de combat fut si inopinée et inespérée de plusieurs personnes de la France, qu’en beaucoup d’endroicts deux mois après n’en peurent jamais croire la mort de mondit oncle; mesmes en Piedmont il y eut deux soldats signaliez qui s’assignèrent le combat, et combattirent sur ce subject, que l’un le disoit mort , l’autre non , affermant qu’il n’estoit pas possible qu’un si brave et vaillant homme eust finy ses jours de cette façon. Quell’ humeur brave de ce soldat ! Tous deux sur ce faict en demeurèrent fort blessez1, sans que le dieu Mars eust esgard qui avoit tort ou droict; telle est son bu-

Voyez tome V, p. 82.

DISCOURS

meur quelquesfois en plusieurs autres et pareils combats.

Pour venir encor à ce qu’en a dit M. de Montluc, si ne puis-je croire pourtant que ledict M. de Montluc aye franchy ces mots, veu qu’en ce aussi luy ay ouy dire de mondict oncle force bien comme de raison, et le tant louer et exalter sur tous les vaillans hommes du monde, à luy (estant généreux) ne fust esté séant de détracter de son pareil. De plus mondict oncle le prist pour un de ses quatre conüdans, et le mit au rang de M. d’Estampes, de M. de Sansac, et du seigneur Aurelio Fregose; c’estoit beaucoup. Mais je croy que quelque malhabile de correcteur ou animé1 d’imprimeur ont adjousté à la lettre, lesquels je donne au diable, avec leurs impostures, menteries et animositez et sotises et imprimeries. Bien est vray que souvant M. de Montluc m’a dict que la gloire l’avoit faict perdre et la trop grande outrecuydance qu’il avoit de son vaillant cœur et son adresse et valleur, et le mespris grand qu’il faisoit de son ennemy; car d’aulresfois ils s’estoient veus, cogneus aux guerres et tastez leurs forces, et sçavoient quelles estoyent et ce qu’ils sçavoient faire, ce qui le perdit ; car par telle si grande fiance et présumption de soy, il eut peu de soucy aussi d’implorer son Dieu et l’appeller à son ayde, et mesmes le jour de son combat passa légièrement par l’esglise et la messe, si bien que conviant ce jour ses amis et amies à se trouver à la veue du combat, il leur disoit ces propos : « Je « vous convie un tel jour à mes nopces. » Ab ! quelles

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