‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 146 sur 270 · Animé , passionné, mal intentionné · texte numérisé non relu

Animé , passionné, mal intentionné

SUR LES DUELS

nopces ! Au lieu que l’autre, longtemps avant, ne faisoit autre chose que hanter les églises, les monastères, les couvents, faire prier pour luy et se recommander à Dieu, faire ses pasques ordinairement, et y surtout le jour du combat, après avoir ouy la messe très-dévotement. Du despuis il s’en désista bien, pour accomplir le proverbe : Passato il ponte , gabato il santol\ car il se fit huguenot très-ferme. Sur quoy le susdict M. de Sansac, grand capitaine en son temps, lequel quelquesfois se mettant en ses resveries et discours de guerre, et mesmes sur les chevalliers errans de la Table-ronde, il disoit en jurant et blasphémant aussi bien que si ce fust esté une chose fort sérieuse et de grand’ conséquence, parlant des vaillances de Tristan et de l’Àncellot du Lac, que Tristan estoit cent fois plus vaillant et courageux que l’Ancellot, parce que quand il fallut se combattre, Tristan se fiant en sa seule valeur, n’emprumta aucune seule deffence nv assistance de Dieu, sinon de son bon cœur, son espée et valeur; mais l’Ancellol ne faisoit que se recommander à Dieu et le prier, dont c’estoit grand signe qu’il n'avoit pas bonne opinion ny fiance de luy, et qu’il avoit peur, et pour ce appelloit Dieu à son ayde pour combattre pour luy. Si est-ce qu’il n’y a que de se recommander à ce grand Dieu, et avoir en luy sa seule fiance et non ailleurs. De mesmes en disoit-il de feu mon oncle et du seigneur de Jarnae, et en faisoit pareilles comparaisons. Je me suis un peu extravagué en ce discours, mais le pardon m’en doit estre faict, puisque la cause me touche.

Page 1