Considéré, prudent
SUR LES DUELS
haslans, non seulement pour deffaire la troupe dudict seigneur de Jarnac et luy avec elle, qui ne pouvoit monter qu’à cent gentils-hommes habillez de ses couleurs blanc et noir, mais de fausser les gardes du camp, les juges, voire tout le reste de la cour ensemble, si elle eust voulu branler; et si M. d’AumalIe eust faict le moindre semblant du monde, la partie estoit jouée avec beaucoup de sang, car tous ces braves gens et déterminez estoient désespérez du désastre et de la mort prochaine de leur vaillant champion et compaignon , comme de vray le despit et le désespoir en estoit extrême. Ha! que si de ce tempslà la noblesse françoise fust estée aussi bien apprise et experte aux esmeutes et séditions comme elle l’a esté despuis les premières guerres, il ne faut douter que ces braves gentilshommes sans aucun respect ny signal de M. d’Aumalle, n’eussent joué la partie toute entière. Ne faut non plus douter aussi que telle occasion se fust présentée despuis à feu M. de Guyse, son fds tué à Bloys sur le poinct de ses hautes entreprises et grandes ambitions, qu’il ne l’eust prise par le poil et n’eust faict mener si bien les mains, que la renommée en eust voilé par tout le monde. Il y eut un des juges pourtant ', qui opina que ledict seigneur de Jarnac se pourmenast par le camp, à mode de triumphe , en trompettes sonnans et tabourins battans; mais M. de Boysi, très-sage seigneur, par-
■1 . Suivant la relation publiée par le Laboureur dans les Additions aux Mémoires de Castelnau (liv. VII), ce fut le connétable de Montmorency qui fit cette proposition que combattit le grand écuyer, Claude GoufGer, seigneur de Boisy.
DISCOURS
rain du seigneur de Jarnac, n’en fut d’advis, mesmes M. de Vandosme, despuis roy de Navarre1, en dissuada le roy, qui aucunement en branloit dans le manche et s’y laissoit quasi aller au dire de ce juge. Il avoit bientost oublié son favory. Que c’est que du monde ! Si cela fust esté, pour le seur il y eust eu de l’escandalle, mais bien grand, car la tentation en fust estée trop grande. Ainsi disoit mon susdict sieur, le mareselial de Vieille-Ville. Voylà pourquoy il faict bon d’estre sage et modeste en telles oceurrances.
Dernièrement que le feu roy Henry III fut tué à Sainct Clou, il y eut (à ce que j’ay ouy conter, ceux qui le virent le sçavent mieux que moy) un jeune gentilhomme nommé l’Isle -Marivaut *, lequel pour avoir esté bien aymé de son roy, et l’ayant perdu, entra en un tel désespoir de tristesse qu’il résolut en soy, de ne survivre le roy son maistre, et pour plus glorieusement mourir, en vengeant la mort de sondict maistre, il demanda si quelqu’un du party contraire ne se voudrait point battre et entrer au combat encontre luy. Par cas se trouva là le seigneur de Marolles, jeune gentilhomme aussi comme l’autre.