‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 150 sur 270 · Antoine de Bourbon, père de Henri IV · texte numérisé non relu

Antoine de Bourbon, père de Henri IV

2. « Le mercredy, 2 août (1389), jour de la mort du roy, dit l’Estoile, se lit derrière les Chartreux le duel de Jean de L’Isle- Marivaut, du parti du roy, et de Claude de Maroles, du parti de la Ligue, qui demeura victorieux. » Ceci est tiré de l’édition de 1719. Dans l’édition de 1741, le combat est raconté avec détails. — Claude de Marolles fut le père du célèbre collectionneur Michel de Marolles, abbé de Villcloin, qui, dans ses Mémoires (édition de 1733, t. I, p. 383), a consacré huit pages au récit de ce combat.

SUK LES DUELS.

et fort brave et vaillant et résolu, ainsi qu’il en avoit faict plusieurs belles preuves, qui le prist au mot aussitost. Estant donc l’heure du combat assignée venue, comparurent en braves combatans tels qu’ils estoient, armez en hommes d’armes, et chacun monté sur un bon cheval. M. de la Chastrc qui est un aussi bon homme d’armes , comme il est bon capitaine, estoit parrain du seigneur de Marolles, lequel ayant instruict et dict à son filleul ce qu’il faloit dire, le seigneur de Marolles luy demanda comment son ennemy estoit armé à la teste, fust ou de casque, ou d’une sallade. Il luy dist que c’estoit d’un casque seulement. « Tant mieux, dist-il, monsieur, réputez- « moy le plus meschant homme du monde, si je ne « luy donne de ma lance droict au mitan de la teste, « et si je ne le tue.» A quoy il ne faillit pas; car tout ainsi qu’il avoit dict, il le fit. S’il eust voulu selon les loix anciennes des duels et des deflys, il eust peu disposer du corps ainsi qu’il luy eust pieu, comme de le traisner hors du camp, et l’emporter avec hiy sur un cheval, ou sur un asne (cela s’est veu une fois en une de nos guerres1, je ne diray point où); mais luy sage et courtois avec l’advis aussi de messieurs du Maine et de la Chastre, très-sages capitaines, laissa le corps au parrain, parens et amis, pour l’enterrer, et se contenta de la raison et de la gloire, avec laquelle il entra en beaucoup d’honneur dans Paris. Certes et luy et messieurs du Maine et de la Chastre eurent beaucoup de considération en cela;

1 . Brantôme fait allusion au prince tic Condc, tué à Jarnac et dont le corps fut mis sur une âncssc.

DISCOURS

car despit sur despit c’estoit trop, après la mort du roy, et fusl sorty, possible, du malheur; aussi qu’une courtoisie et gentillesse sont tousjours plus à estimer que ses contraires.

Moy estant à Rome, durant le sede vacante du pape Paulo IV dict CarafTe, qui dura trois mois', je vis faire plusieurs combats en camp-clos : entre autres un de deux braves soldats romains, qui avoient estez pourtant bons amis. Leurs armes deffencives estoient un morion en teste, et des manches de maille assez longues et avantageuses par le devant : les offancives estoient d’une bonne espée et dague. Leurs gardes de l’un et de l’autre furent fort basses et serrées, le corps par conséquent fort bas et pressé, afin qu’ils s’aydassent un peu de la maille du devant qui tenoit les manches, pour garder le corps, et de faict ils s’en couvroient fort bien et l’un et l’autre, d’autant que lesdictes mailles n’estoient pas trop affinées *, mais assez longues et avantageuses, qui fut cause que ny l’un ny l’autre n’advisèrent guières au corps, mais aux cuysses, dont il en eut un qui donna à l’autre une grande estocquade dans la cuysse, et luy fit une large ouverture, et jetta force sang. L’autre, se sentant ainsi blessé, tire d’une grande furie une grande estocquade et deux grands estramassons coup sur coup à la cuysse de l’autre, sans pourtant que rien portast, mais encore fut-il si malheureux

1 . Paul IV mourut le 18 août 1 559, et son successeur. Pie IV, ne fut élu que quatre mois après, dans la nuit du 25 au 26 décembre suivant.

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