‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 151 sur 270 · Affinées, serrées. Le texte porte par erreur affamées · texte numérisé non relu

Affinées, serrées. Le texte porte par erreur affamées

SUR LES DUELS

qu’en ruant ces grands coups, et l’autre en les parant, la dague luy eschapa, et ne luy resta que l’espée seule; et se sentant en tel estât, il tint fort bonne contenance et bonne garde, puis d’un visage assuré il dict à son ennemy : « Encore que je ne sois qu’à a demy armé (n’ayant ma dague) je te monstreray « que je suis homme de bien et d’honneur. » L’autre luy respondit : « Il te servira , car j’ay bien ré- « solu de ne te la laisser point prendre, ni te faire a aucun advantage ny courtoisie. » Cependant le blessé s’affoiblissant de son sang respandu, encor qu’il fist ce qu’il pouvoit, ne peut rien gagner sur l’autre qui estoit rusé, et qui tousjours temporisoit; et le voyant chancelier ores deçà , ores delà , ne le voulut poursuivre jusqu’à la mort. Il luy dist fort courtoisement : « A ceste heure, je te veux traiter « non en ennemy, mais en amy d’armes et d’an- « cieneté. » Sur quoy les parrains advisèrent soudain de les séparer et arrester la fin du combat, dont peu de temps après furent réconciliez et rendus amis mieux que jamais.

J’en vis un autre, peu après, de deux soldats corses, qui entrèrent en camp. Ils estoient couverts d’un jacque, ou chemise de maille, sans manches, et ce jacque sur leur chemise simple, sans pourpoinct, encores qu’il fist assez froid, car c’estoit en autonne sur sa fin. En la teste ils avoient un morion, et au bout du devant du morion, il y avoit enchâssée et antée1 une courte dague, bien trenchante et bien poinctue, et ce avoit esté faicl en considération de

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