‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 155 sur 270 · Lux > Ie ro' lu* remonstra · texte numérisé non relu

Lux > Ie ro' lu* remonstra

DISCOURS

et sa bonne lance, n’eut point de honte de respondre au roy, que ces instrumens et tiltres estoient trèsbons, et point faux, et qu’il le combattrait de sa personne à la sienne en camp-clos, et luy maintiendrait la vérité. C’estoit trop arrogamment parlé à un roy, duquel il estoit vassal. Le roy qui fut sage, ne lui sonna grands mots là-dessus, mais maschant sa colère, ne luv porta oneques puis de bien ny d’amitié, ny l’autre non plus au roy; et voilà d’où sortirent leurs grandes animositez et divorses, et maux pour eux et pour la France. Je vous laisse donc à penser si ce Robert d’Artois se soucioit guères de juste querelle puisque si librement et avec si grande injustice il vouloit entrer en camp. Il avoit bien opinion que Dieu eust faict autant pour luy en son injustice, comme en sa bonne cause : si ce n’estoit qu’estant entré dans le camp il eust voulu faire comme j’ay ouy raconter en Italie d’un combattant italien, lequel estant entré dans le camp avec très-mauvaise cause, il en eut remords de conscience, et songeant en soy comme il pourrait la rabiller, il advisa de son mauvais droict en faire un bon; et ayant affronté son ennemy, et estant à tirer leurs coups, il fit semblant d’avoir peur et de fuyr et tourner le dos. Son ennemy le poursuivant luy dist en son langage : a Ali ! poltron « tu fuis. » L’autre soudain tourne teste, et lui dist :

« Tu en as menty; à ceste heure ay-je bonne et juste « querelle, et veux débattre ceste-cy; car quand à a l’autre elle n’estoit pas bonne, ny ne me revenoit,

« parquoy je la laisse-là, et me veux arrester à ceste- « cy desmesler : sur ce battons-nous bien. » Je vous laisse à penser s’il y a pas de l’abus là. Un autre

SUR LES DUELS

grand abus y a-il eu aussi sur les élections et donnemens d’armes. Il y en eut d’aucuns en Italie autresfois qui ont estez si impudens, qui ayans affaire à leur ennemis qui estoient borgnes, leur ont présenté une sallade qui bouchoit le bon œil, fust ou gauche ou droict qu’eust son ennemy; mais cela fut rebuté comme chose par trop impudente, et toutesfois les parrains et confidans de l’autre furent si impudens qu’ils disputèrent ce faict, et le vouloient prouver par raisons; mais ils le perdirent content*. Toutesfois pour ce coup, le combat fut différé et remis à un autre jour : possible que le gallant présenteur d’armes le faisoit pour ce subject, car ce disent aucuns encores c’est tousjours quelque chose que d’allonger sa vie de six ou sept jours, voire d’un an ; car on pense que ce jour en amène avec lui un autre, et qu’on allongera sa vie d’autant, ainsi que dist un des capitaines * de Brutus et Cassius, le jour avant que la bataille de Philipes se donnast. Ils estoient en conseil si elle se devoit donner ouy ou non ; il opina qu’il la falloit encore différer un an, pour plusieurs belles raisons et pertinentes qu’ils alléguoient, mais cestuy-cy pour la principale des siennes, fut que pour le moins l’on vivroit autant, et que c’estoit un beau coup faict que de faire cestuy-là.

Mais pour tourner d’où nous sommes sortis, il se fit en Piedmont, du temps du prince de Melfe, un combat d’un jeune soldat gentilhomme et d’un

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