I. Luy conseilla, le maistre lui conseilla
SUR LES DUELS
combattre avec armes usitées et non usitées parmy gentilshommes et cavalliers », qu’il faut débatre au commencement et par escriture et cartel, ou disputes de confidans, ces mots de ces armes non usile'es; et surtout respondre par ce mot : mais qu’elles soient recevables par dire de cavalliers d’honneur et de juges très-capables en ces choses et point suspects; car si vous ne les débattez, et puis après quand on sera dans le camp, qu’on les veuille débatre, vous n’y estes plus receu, puis que vous avez accepté le cartel et y avez consenty, et par ce faut prendre telles armes inusitées qu’on vous présentera. En cela il y a bien de la raison, que je laisse aux plus entendus desduire mieux que moi. Voylà pourquoi il faut estre subtil et advisé en ces choses-là et à y bien respondre, et se donner garde en recevant les cartels de vous brider.
Pour parler d’un autre abus (mais non si grand) fut un combat faict en Italie de deux gentilshommes romains, dont celuy à qui touchoit l’eslection, la donnation et livraison d’armes, donna à son ennemy pour les armes offencives des armes toutes couvrantes le corps, dès le cap jusqu’aux pieds, fors qu’au costé du cœur il y avoit une ouverture dans les armes, large deux fois plus que la paume de la main; et celuy qui les donnoit avoit l’espace d’un an (car pour lors les combats et subterfuges s’allongeoient plus que cela, voire plus de deux ans) apris contre son maistre, tous deux estans armez de pareilles armes, à ne tirer l’un contre l’autre sinon dans le trou ouvert; de telle façon qu’il apprist si bien son disciple, qu’il donnoit si dextrement dans le trou du cœur et si asseurément
DISCOURS
en apprenant, que venant à bon escient, il ne faillyt jamais du premir coup donner dedans et luy percer le cœur et le tuer par conséquent. Encore n’y a-t-il si grand abus et supercherie tant que l’on diroit bien. Sur quoy faut estimer une grande iklellilé ancienne, cependant qu’il m’en souvient, des maislres qui apprenoient leurs disciples pour combattre, que jamais ils ne les trahissoient, ny révelloient leurs leçons, fust-ce à leurs plus grands amis qu’ils eussent, encore qu’on taschast à les corrompre par argent, ou dons, ou en toutes les façons du monde qui peuvent esbranler un esprit, qui est une chose fort à notter, et jamais ne permetloient que donnant leçon à leur disciple pour ce faict, âme vivante entrast dans la salle ou chambre où ils estoient; ains visitoient partout, et soubs les licts, voire à adviser si à la muraille il n’y avoit aucune fandace 1 ou trou, dont ils peussent estre apperceus; car ils estoient curieux de la vie et de l’honneur de leurs disciples eombattans : que dis-je curieux ? mais très-ambitieux, désirant leur victoire comme pour eux-mesmes; car de vray il leur alloit et de leur ambition et de leur honneur comme de leurs disciples. J’en parle, pour l’avoir veu et à Rome et en Italie, des tireurs d’armes qui estoient mes maistres et mes grands amis, qui ne m’en eussent pas dict un mot sur ce subject pour tous les biens du monde, encore que je les en recherchasse le plus excortement * que je pouvois , fust en baguenodant, fust sérieusement.
En voicy un autre d’un qui fit forger à Milan par