‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 158 sur 270 · Fandace , fente. — 2. Excortement, adroitement · texte numérisé non relu

Fandace , fente. — 2. Excortement, adroitement

SUR LES DUELS

un maistre très-exquis deux paires d’armes, tant espée que dague toutes vitrines, c’est-à-dire rompantes comme verre, mais pourtant de fer, ou d’acier, tranchantes, picquantes, fourbies et luysantes comme les communes, mais trempées de telle façon, que qui n’en seauroit user, s’ayder, toucher et picquer, comme’il falloit, elles se rompoient comme verre; mais qui en sçavoit l’usage et la façon d’en frapper et assenner leurs coups (comme on dict), elles ne se rompoient aisément; ainsi comme l’on voit du verre qui se rompt aisément en le prenant et le touchant d’une façon plus que de l’autre; car la mode et métode en ces choses y sert plus que tout. Celluy donc qui donnoit les armes de longue main en avoit appris si bien la façon et le biays, pour en scavoir user, que venant à les mettre en effect, son ennemy qui alloit à la bonne foy et pensant jouer son jeu à la vieille mode, comme d’autres espées (car du reste ils estoient tous descouverts), du beau premier coup qu’il rua à son ennemy, espée et dague s’en allèrent en pièces comme verre. L’autre sçachant la milice, l’art et le biays de ses armes, les mena si dextrement, qu’il en donna aussitost dans le corps de son ennemy, qu’il le porta mort par terre. Certainement ces supercheries d’armes sont cent fois pires que celles que l’on faict, assassinant les personnes aux cantons des rues, ou en un coing de bois, et ne sont nullement pardonnables; mais pourtant par ces loix antiques du duel cela a esté.

Moy estant à Naples, la première fois que j’y fus jamais, j’ouys faire un plaisant conte, que du temps du roy Charles huictiesme, lorsqu’il le conquit, il s’y

DISCOURS

fit un combat d’un capitaine gascon et d’un Italien. Il loucha1 au gascon de donner les armes : que fit-il? Il les prist à son advantage et va envoyer à son ennemy une bonne grosse arballeste de passe, qu’on appelloit en ce temps et appelle-t-on encore, avec son bandage, qu’on appelloit à l’armatot et s’appelle encore, qu’on pendoit à la ceinture. L’Italien, son parrain et confidant, reffusèrent aussitost ces armes disant qu’elles n’estoient point usitées et du tout estrangères : ceux du Gascon alléguèrent leurs raisons et mesmes que tant s’en falloit qu’elles fussent estrangères, que ceux de leur nation d’autresfois s’en estoient dict des premiers et meilleurs maistres, qu’avoient estez les Genevois, lesquels du temps de la guerre saincte en avoient faict rage, et de beaux effects, et mesmes que le roy Philippes de Vallois en avoit envoyé quérir jusques à Gênes, pour s’en ayder à sa malheureuse bataille de Crécy ; mais pourtant ils n’y firent rien qui vaille, ce disent les chroniques de France. Pour fin, tout calcullé et rabattu, il fallut au Gascon estre maistre en son eslection, et l’Italien à les prendre. Le Gascon qui estoit maistre passé (car de longue main la nation le porte sur toutes autres) vous eut bandé et rebandé, et tiré deux fois dans le corps du pauvre Italien, qu’il n’eut le loysir nv l’adresse de bander son arballeste, quelque leçon que luy eussent donné ses maistres, parrain et confidans, si bien qu’il fut vaincu. Ces combats par telles armes, nv d’arquebuze, ne sont pas approuvées par les docteurs duellistes, d’autant (disent-ils) qu’il faut

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