‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 163 sur 270 · Il y a par erreur mazza dans le texte · texte numérisé non relu

Il y a par erreur mazza dans le texte

SUR LES DUELS

dérivation que je laisseray pour prendre cette-cy. Or, les combats à la mazza sont estez fort désapprouvez par les docteurs duellistes anciens, pour beaucoup de raisons dont l’une estoit d’autant que ces combats se faisoient sans aucunes armes deffencives, ny couvrant le corps, ce que l’on requiert fort en campclos, pour beaucoup de raisons que les escrivains duellistes escrivent, mais seulement avec l’espée et la cappe ou à la dague, qui ne sont estimez armes deffencives, d’autant que d’elles-mesmes ne couvrent le corps, sinon en tant que la dextérité de la personne le permet, et la raison pourquoy ces duellistes veulent le corps couvert et disent qu’autrement est combattre en bestes bruttes, et qui se vont précipiter à la mort comme bestes; cela va bien et est bon; mais en quelque manière que ce soit, quand on vient là ou couvert ou descouvert, il y faut venir résolu, ou mourir ou vaincre. Davantage ceux sont plus à estimer qui vont au combat plus chargez de braves courages que d’une lourde masse d’armes, là où il y a tant d’abus, comme j’ay dict cy-devant; mais tout ainsi que la querelle est prise, selon ainsi se doit-elle desmesler et vuider, sans aller emprumpter tant de diversitez et sortes d’armes, sinon celles qui se sont trouvées sur le poinct du différent, ou la cappe, ou l’espée, ou la dague et l’espée, fust sans estre couvert; et telle est l’opinion d’aucuns gallans hommes. Et si aux combats à outrance précédens que j’ay dict, s’exerçoient peu de courtoisies, en combats de la mazza et d’appels, il s’en est trouvé et veu aussi peu, et se sont peu pratiquées, mais (qui pis est) en tels combats de la mazza, à Naples, il y

DISCOURS

avoit tousjours (ou le plus souvent) des appellans ou seconds, lesquels voyans battre leurs compagnons, s’entre-disoient entr’eux (bien qu’ils n’eussent débat aucun ensemble, mais plustost amitié que hayne) : « Et que faisons-nous, nous autres cependant que « nos amis et compaignons se battent? Vrayment il k nous faict beau voir ne servir icy que de specta- « teurs à les voir entre-tuer! Battons-nous comme « eux » : et sans autre cérimonie se battoient et s’entre-tuoient bien souvent tous quatre : cela estoit plus de gayetté de cœur que de subject et d’animosité.

Nos braves François, estans au royaume de Naples soubs le règne du rpy Louys XII, commencèrent à pratiquer ces defïys et combats en un qui se fit entre treize Espagnols et treize François 1 ; et ce furent les Espagnols qui les premiers déifièrent, et ce plus de gayetté de cœur que pour autre subject; car il y avoit pour lors tresves entr’eux. Les François les prinrent aussitost au mot, et Dieu sçait s’ils y eussent failly, et faillirent non plus au jour et au lieu assigné, près la ville de Monervine; j’ay veu le lieu qu’aucuns de là m’ont montré par spéciauté. Tous y firent ce qu’il falloit faire en gens braves et vaillans. Ceux qui en ont escrit et parlé à l’advantage des Espagnols, et comme aussi je l’ay ouy dire à aucuns de ce pays-là, à Naples et tout, disent que les Espagnols vainquirent

\ . Le récit de ce combat, livré quelque temps après le duel de Bayard et de Soto-Major, a déjà été fait et plus longuement par Brantôme dans la vie du duc de Nemours (voyez, t. IV, p. I7G). Il l’a emprunté au cliap. nm de la Vie de Bayard, par le Loyal Serviteur.

SUR LES DUELS

les François, à cause d’une ruse qu’ils trouvèrent, de ne donner aux hommes, du premier abord, de leurs lances (car ils estoient armez à la gendarme, comme de ces temps ces armes leur estoient fort usitées), mais aux chevaux et les tuer, à cause d’une maxime qu’ils tenoient et observoient fort : muerto el cavallo, penlido Fkornbre et armas'. Nos François disent le contraire, bien que l’opinion et l’entreprise des Espagnols réussit très-bien, car la plus grand’ part des chevaux françois furent tuez. Mais le brave M. de Bayard et M. d’Orose très-vaillant aussi, leurs chevaux estant demeurez entiers, réparèrent le tout, ainsi que je le manifeste en un endroit de mes Rodomontades espagnolles, où ce grand capitaine Gonzalo mesmes confesse les Espagnols n’avoir si bien faict comm’ il cuidoit, et comm’il les avoit envoyez pour faire mieux. J’y cotte les mesmes paroles en espagnol, qu’il proféra. Despuis ce combat (ce disent les Espagnols) les François ne firent plus bien leurs affaires audict royaume,, tenans pour un certain scrupule que tels deflfys sont désastreux à tout un général, ainsi que j’ai veu tenir ceste opinion à plusieurs grands capitaines espagnols, italiens et françois, et mesmes à M. le mareschal de Biron, qui n’admettoit et ne trouvoit nullement bons ces deffys, appels et combats en un’ armée, fust d’ennemy à ennemy, fust d’autre à autre de l’armée, et que tout cela ne faisoit qu’amuser le monde, desbaucher les affaires du prince, et faire perdre quelquesfois de belles occasions importantes au général, qui se rencontrent

i. Le cheval mort, l’homme d’armes est perdu.

DISCOURS

quelquesfois, et faire entre-tuer deux braves hommes qui pourroienl estre cause du gaing d’une bataille et la salvation de son prince; et que le meilleur est, songer à bien mener les mains à un bon affaire qu’à toutes ces vanitez ou animositez.

Du règne du roy Charles VU, il se fit un pareil deffy et combat près d’Argentant, de vingt Anglois contre vingt François. Les Anglois furent desconfits et vaincus; oncques puis ils ne firent bien leurs besoignes, et perdirent en un an peu à peu la Normandie.

Du règne du roy Henri U, fut faict en Piedmond un pareil deffy, entre M. de Nemours et le marquis de Pescayre trois contre trois, tout n’alla pas bien ; j'en parle en la vie de M. de Nemours1 en mon livre qui traite des grands capitaines qui ont esté de nos temps despuis cent ans. J’alléguerois force autres pareils combats anciens, mais ils sentiroient trop leur rance; pour ce je les obmets, et viens à nos modernes que nous avons veu en noslre France despuis vingt ans en ça.

J’acommenceray par celluy de Quiélus et d’ Antraguet*, principaux querelleurs, et ce pour dames, Riberac et Chombert le jeune, Allemant, secondoient et tierçoient Antraguet; Maugiron et Livarot secon-

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