‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 164 sur 270 · Voyez t. III, p · texte numérisé non relu

Voyez t. III, p

2. a Le dimanche 27 avril 1378, dit l’Estoile, pour démêler une légère querelle, née du jour précédent en la cour du Louvre, entre Quélus (Jacques de Lévis, comte de Quélus ou Caylus), l’un des mignons du roy, et le jeune Antragues, appelé Antraguet (Charles de Balsac d’Entragucs), favori de la maison de Guise , ledit Quélus avec Maugiron (Louis de Maugiron) et Livarot (Jean

SUR LES DUELS

doient et tierçoient Quiëlus, qui tous seconds et tiers s’offrirent à se battre plus par envie de mener les mains, que par grandes inimitiez qu’ils eussent ensemble. Ce combat fut très-beau, et l’acompara-on lors à celluy des Cuyrasses et Horaces, les uns Albans, et les autres Romains, pour n’en avoir veu en France de longtemps tel , et de tant à tant et sans armes aucunes deffencives. Reste que de cestuy-cv en resta deux en vie, qui furent Antraguet et Livarot, et de l’autre des Romains et Albans, un seullement. Antraguet avoit à faire avec Quiélus, Riberac avec Maugiron, et Livarot avec Chombert. Ils combattirent vers les rempars et porte de Sainct Anthoine, à trois heures du matin en esté, de sorte qu’il n’y eut aucun qui les vist battre, que quelques trois ou quatre pauvres gens, certes chétifs tesmoingts de la valeur de ces gens de bien; qui pourtant en raportèrent ce qu’ils en avoient veu, tellement quellement. M. de Quiélus ne mourut pas sur la place, mais il survesquit quatre ou cinq jours' par la bonne cure des chirurgiens et la bonne visite du roy, qui l’aymoit

de Duras, seigneur de Livarot), et Antraguet avec Ribérac (François d’Aydie, vicomte de Ribérac) et le jeune Schomberg (Georges de Schomberg) se trouvèrent dès cinq heures du matin au marché aux chevaux, anciennement les Bastilles Saint- Antoine , et là combattirent si furieusement que le beau Maugiron et Schomberg demeurèrent morts sur la place. Ribérac mourut le lendemain. Livarot, d'un grand coup qu’il eut sur la tête, fut six semaines malade et réchappa. Antraguet n’eut qu’une égratignure. Quélus, auteur de la noise , de dix-neuf coups qu’il reçut languit trentetrois jours et mourut le 29 mai en l'hôtel de Boisy . »

1 . Non pas quatre ou cinq jours, mais trente-trois jours. Voyez la note précédente.

314 DISCOURS

fort. Enfin il mourut, car il estoit fort blessé; il se plaignit fort d’Anlraguet, de quoy il avoit la dague plus que luy, qui n’avoit que la seulle espée; aussi pour parer et destourner les coups que l’autre luy donnoit, il avoit la main toute découpée de playes; et, ainsi qu’ils se voulurent affronter, Quiélus dist à Antraguet : « Tu as une dague, et moy je n’en ay point. » A quoi répliqua Antraguet : a Tu as donc faict une grande faute de l'avoir oubliée au logis; icy sommes-nous pour nous battre, et non pour poinctilles* des armes. » Il y en eut aucuns qui dirent que c’estoit quelque espèce de supercherie d’avoir eu l’advantage de la dague, s’il n’en avoit esté convenu de n’en porter point, mais la seulle espée. Il y a à disputer là-dessus; mais Antraguet disoit n’en avoir esté parlé. D’autres disoient que par gentillesse chevalleresque, il devoit quicler la dague ; c’est à sçavoir s’il le devoit. Je m’en raporte aux bons discoureurs, meilleurs que moy.

Donc sur ce je vous en amèneray un exemple d’un gentilhomme d’Anjou, nommé la Fautrière ’, ayant entré en estaquade dans une vieille grange, mais pour tant enfermée de ses quatre murailles, sur lesquelles les seconds et tiers et autres en advisoient le combat, qui fut entre le cadet d’Aubanye s, gentilhomme d’Angoumois près de Ruffet, fort brave et vaillant gentilhomme, et fort bravasche, et qui en tout

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