Râtelle , rate
2. Charles de Gontaut, alors baron de Biron. — N. de Montpezat, seigneur de Lognac. — Bertrand de Pierre-Buffières, seigneur de Genissac. — Claude de Perusse des Cars, seigneur de la Vauguyon, prince de Carency. — Charles d’Estissac. — A. Abadie, seigneur de la Bastie.
DISCOURS
contre le sieur de Carancy, ayant pour second et tiers Estissac et la Bastye, braves et vaillans aussi. M. le baron de Biron et Carancy estoient les deux principaux contendans et chefs de la querelle. Les autres pour servir leur amy ou par gayeté de cœur (ainsi que firent ceux d’Antraguet et Quiélus) s’en voulurent faire de feste et s’entre - battre , bien qu’aucuns fussent amis et parlassent avant souvent ensemble. Ils s’allèrent bravement battre sans Taire nul bruit, à une lieue de Paris, dans beaux champs ‘ pour n’irriter le roy, qui estoit et ne vouloit point ces combats. Ce fut pour un bon matin qu’il neigeoit à outrance, sans appréhender le mauvais temps. Nul ne vid le commencement ny la fin, tant ils conduisirent secrettement leur entreprise, sinon quelques pauvres gens passans. La fortune fut si bonne pour M. le baron et ses deux confidans, que chascun tua bravement son homme et l’estendit mort par terre. Aucuns dirent que M. le baron de Biron plus vaillant, prompt et soudain de la main (ainsi qu’en tous arts aussi bien qu’en celuy de Mars, il y a des artisans plus prompts et diligens à faire leur besoigne que les autres), despescha son homme le premier, et alla ayder aux autres; en quoy il fit très-bien, et monstra qu’avec sa valeur il avoit du jugement et de la prévoyance, bien qu’il fust encores fort jeune, et n’avoit point encore faict tant d’expertises d’armes comm’il en a fait depuis, qui l’ont rendu l’un des plus grands et vaillans capitaines de la chrestienté,
I. Le combat eut Heu le 8 mars 158G, entre Montrouge et Vaugirard, dit l’Estoile.
SUR LES DUELS
ainsi que je le descrits dans mon livre des grands Capitaines françois et espaignols que j’ay faict *. Cette susdicte prévoyance lui faisoit sa leçon, pour ne se fier trop en ce dieu Mars, qui est le plus ambigu et le plus doubteux dieu de tous les autres; que si on se laisse par trop aller à sa fiance, et ne face-l’on cas de l’advantage qu’il vous a donné une fois, il le vous oste bien par amprès et le vous faict cher couster ; ainsi que possible mal eust pris, ou à M. de Biron ou à ses compaignons, s’il les eust veu et laissé faire et ne les eust assistez; aussi estoit-il trop courageux pour ne jouer la partie qu’à demy et en voir le passetemps. Ainsi doit faire tout cœur généreux et soubstenir son compaignon jusques à la dernière goutte de son sang, si n’estoit que le camp fust esté condictionné, ainsi que les Espaignols condictionnerent le leur que j’ay dict ey-dessus contre les François, qu’ils limitèrent soubs tel pache’ : qui passeroit outre le camp demeureroit vaincu et prisonnier, et ne combattroit plus de tout le jour; pareillement celluy qui seroit mis à pied, ne combattroit non plus, et au cas que jusques à la nuict l’une bande n’eust peu vaincre l’autre, et n’en demeurast-il que l’un à cheval, le camp seroit finy, et en pareil honneur, et pourrait ramener tous ses compaignons francs et quictes, lesquels sortiraient en pareil honneur que les autres hors de camp. Yoylà de bizarres condiclions de camp, cautes et subtilles, aussi à l’espaignolle, et plaisantes aussi, qui me font souvenir du jeu des barres, que l’un raschepte tous ses compaignons
1 . Voy. t. V, p. 156 et plus haut, p. 310. — 2. Pache, pacte.
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pris. Voylà pourtant de grands cas, estre ainsi lié à ne secourir son compaignon : ainsi le veut la loy donnée, que si elle n’est, il faut mener les mains quoy qui soit; autrement il y a un grand reproche.
Voicy un miracle de trois combats tout à coup, que je vais conter pour quasi incroyable. Je l’ay ouy conter à Naples à un seigneur plein de foy et vérité, d’un gentilhomme de là mesmes. L’un fut appellé par un autre, pour quelques parolles qu’il disoit ayoir tenu de luy. Ce gentilhomme s’en alla à l’estaquade sur la parolle de celluy qui le vint appeller, et d’un autre tiers, auquel il se fioit fort pour sa prud’homie et gentillesse d’armes, luy tout seul sur la parolle de l’appellant. Estant dans le camp tue son ennemy, et s’en voulant retourner l’appellant lui dict qu’il luy desplaisoit fort de voir un tel spectacle, et que mal il luy siéroit s’il luy estoit reproché à son retour s’il n’avoit vangé la mort de son amy, et qu’il ne se batist contre luy. L’autre luy respondit tout froidement: « Ne tient-il qu’à cela? Vrayment je le veux.» Et venans aux mains, le gentilhomme napolitain le tua aussitost de gallant homme. J je tiers qui fut spectateur de tout, et qui estoit aussi vaillant que les autres, luy dict : «Vrayment, vous vous en retour- « nez avec une fort heureuse et belle victoire; que « si vous n’estiez si las comme je vous vois, pour « avoir eu tout à coup affaire à deux, j’essayerais de « vous oster la moitié de votre heur et honneur, « car résolument nous nous battrions; mais ayant es- « gard à vostre lassitude, je remets la partie à demain, « vous priant de vous trouver à telle heure en ce « mesme lieu, où je ne faudray m’y trouver ; car il
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« me fasche fort de voir mes compaignons morts, a que je ne vange leur mort. » Ce gentilhomme luy dist : a Rien moins que cela. Je ne suis point las ;
« j’ayme autant me battre tout chaud et tout à cette « heure et annuit que demain, et me sens aussi « frais, comme si je n’eusse point combattu ; parce quoy passons-en nos fantaisies de tous deux, sans a remettre à demain. » L’autre le prit au mot, et venans aux mains, ce Napollitain en fit de mesmes des autres deux et le tua de pareil heur, et les laissant là tous trois morts à la garde de Dieu, pour estre enterrez, s’en retourna sain et sauve. Voilà un grand miracle de Mars, et jamais ne s’en parla d’un tel durant les chevalliers errants parmy les histoires, car elles sont fauces, et ce conte s’il est vray, c’est un grand faict, et autant admirable qu’il peut estre véritable. En quoi se peut notter beaucoup de particularitez que je laisse à plusieurs discourir : entr’autres de la fiance que prist ce brave gentilhomme de ces trois, pour s’aller battre sur leur parolle sans nul second ; puis l’assurance et la bravetté qu’il eut de se battre ainsi contre ces trois l’un après l’autre; donc *, selon toutes les loix duellistes, légitimement il se pouvoit excuser, et remettre la partie au lendemain ou autre jour. De plus, faut noter la fortune grande qui l’accompaigna , dont on n’ouyt jamais parler de telle. Je donne ce conte pour tel qu’on me l’a donné.
Du temps du feu roy Charles IX, dernier mort, fut faict un combat en l’isle du Palais, entre un gen-