La chapelle de l’hôtel de Bourbon
3. Quel courage et quelle valeur de nos chevaliers égaux aux anciens ! Allusion au vers d'Arioste qu’il cite plus d'une fois :
O gran bonta de’ cavalier! antiqui!
4. Il y a par erreur Mnilleraye dans toutes les éditions. Antoine de Halluin, marquis de Maignelais, fils de Charles de Halluin, marquis de Piennes. Il avait vingt-quatre ans. Le combat eut lieu le 3 mai 1581. — Voyez l'Estoile, à cette date.
SUR LES DUELS
Pionne, estant nouvellement tourné d’Italie fraischement esmollu, et qui avoit fort bien appris à tirer des armes qu’il avoit des mieux en main , estant arrivé à la cour un soir au bal, prist querelle avec le seigneur de Livarot, ( celluy qui avoit esté l’un des six au combat de Quiélus et Entraguet) fust ou non avec juste occasion, je ne le dis point, sinon que plusieurs tenoient que de gayetté de cœur il avoit pris la querelle pour s’esprouver avec Livarot, qui se tenoit pour un mauvais garçon et grand mesprisant des autres despuis l’heureuse yssue de son combat; et pour ce avoit esleu pour maistresse une dame de la cour, belle certes, et ne vouloit qu’aucun la servist que luy, comme jaloux de sa beauté, de son honneur et de son bien. Cedict marquis, tout gentil et tout courageux en l’aage près de vingt ans, luy présente son service devant luy. L’autre haut à la main comme luy, l’attaqua peu à peu de parolles, enfin à bonne paille bien seiche le feu se prend aisément ; par ainsi s’entredonnèrent (sans faire grand bruict ) le combat en une petite isle sur la rivière à Blois, sans second ne sans rien. Le matin doncques ne faillirent, chascun sur un be.au courtaut montez, à comparoir, ayant pourtant chascun un laquais pour tenir leurs chevaux. Le marquis ne faillyt dans deux coups tuer son homme d’une estoquade franche, que je représenterois mieux que je ne la dirois, car il me l’avoitdict avant, et le rendit tout roide mort. Mais quel malheur pour luy ! Ainsi qu’il s’en rctournoit, le laquais de Livarot, qui estoit un grand laquais et fort, et desjà portant espée, l’ayant cachée une heure devant dans du sable (aucuns disent que • vi — 2t
DISCOURS
ce fut de son propre mouvement, autres du commandement de son maistre, ce que je ne croy, car il estoit trop gallant) vint par derrière, et luy donna un grand coup d’espée, dont il le tua tout roide mort, ledict marquis ne disant seullement (ainsi que l’autre l’eut atteint) : « Ah ! mon Dieu qu’est cecy? » Ledict laquais fut aussitost pris , par le raport d’aucuns qui le visrent, et fut aussitost pendu, ayant confessé le tout, et qu’il l’avoit faict pour venger la mort de son maistre. Plusieurs discourent là-dessus, que si l’un et l’autre eussent pris des seconds, ce malheur ne fust pas advenu par le laquais , et qu’il est fort de besoin d’avoir des seconds pour plusieurs raisons qui se peuvent alléguer là-dessus, tant pour engarder et esviter supercheries que pour tesmoigner de leurs valleurs et poltronneries; enfin pour une autre infinité de raisons qui seroient trop longues à discourir; tout ainsi qu’il y a force autres qui ne veulent point de seconds, desquels arrive force inconvénients que je ne veux m’amuser exprimer, sinon un, arrivé par exemple faict à Rome, du temps du pape Grégoire dernier , entre deux autres gentilshommes françois qui estoient la Villate, le baron de Saligny*, et Matecolom et Esparezat, gascon et escuyer de la grande escuyerie du roy. Ils s’assignèrent le combat à quatre mille de Rome. Esparezat, auteur de la querelle, se bâtit contre
1. Grégoire XIII, mort en 1583. Le combat eut lieu le 6 juin 1583. Voyez le P. Anselme, édit. 1733, t. VU, p, 158.
2. Louis de Saligny, baron du Rousset. 11 était né le 29 juillet
SUR LES DUELS
la Villate son adversaire; Matecolom second d’Espare/at, se battit contre le baron de Salligny; et ehascun s’estant mis à part assez loin" de l’autre de quelques trente pas, après avoir faict leur devoir advint que Matecolom le premier tua son ennemy, et voyant que son second Esparezat estoit long à tuer le sien, encore qu’il fust fort jeune garçon ( ainsi que dist Francisco tireur d’armes : Querano puti *, comme estoit aussi Salligny) s’en vint ayder à Esparezat, et tous deux tuèrent la Villate, je crois non pas sans grand’ peine, encores que le jeune homme crioit qu’il n’y avoit raison de se mettre deux sur un. Matecolom réplicquoit : « Que sçay-je aussi? quand tu aurois tué « Esparezat tu me viendrois à tuer si tu pouvois, et « me viendrois donner de l’affaire où je ne m’y veux « mettre plus que j’y suis et en puis sortir. » Et voylà comment alla ce combat, et où le second n’y procéda pas comme le Florantin, en l’exemple que j’ay allégué cv- dessus du combat de quatre Florantins*. Aussi y a-il différance en un combat cérimonieux conditioné et sollemnisé de juges, de maistres de camp, de parrains et confidans, et celluv qui se faict à l’escart sans aucuns yeux et aux champs, là où tout est de guerre.
Il se fit un combat en Limosin, il y a quelque temps, entre un gentilhomme nommé Romefort, et un [nommé] Fredaignes, tous hantans la maison de la Vauguion. Il y en eut • un gentilhomme qui despuis fut