Et puis, depuis. — 2. Jean de Monluc
grand et habile prélat, qu’y estait allé un peu devant.
Eux deux firent une paix, appaisarent le tout , et délivraient de ce siège long et fascheux nos gens, qui estaient à l’extrémité de toutes eommoditez, fors du bon courage, car ilz en avoient prou.
Dedans y estait général pour le roy ce vénérable vieillard et grand capitaine, le bonhomme M. de La Brosse, aagé de soixante-quinze ans, vieil registre de guerre, de qui la valeur, la sage conduicte et asseurée contenance, servit fort en ce siège. J’en parle ailleurs'. Y avoit aussi M. l’évesque d’Amiens *, despuis évesque et cardinal de Sens, de la maison de Peslevé’, race très-illustre et ancienne, qui avoit esté envoyé légat par delà. Mais il y trouva tout révolté contre la religion catholique, de sorte qu’il n’eut pas grand moven d’exercer sa saincte légation ; et falut qu’il tournast son glaive spirituel en temporel pour s’en deflendre : à quoy il ne faillit, car, estant sortv de bons et illustres progéniteurs, il n’y dégénéra point et ne s’estonna point, et y servit bien; aussi estoit-ce un homme fort versé aux affaires et créature de ce grand cardinal de Lorraine. Bref, il fut bien de besoing à ceste place il 'avoir estée bien pourveue de toutes sortes de gens , et de bon cœur. Aussi à bien assailly bien defl’endu.
Voylà donc le tout appaisé, et nos gens retournez en France victorieux et très-glorieux.
M. de Martigues, pourtant, estant arrivé à Paris avec force gentilzhommes et capitaines des siens, ne
i. Voyez Ionie V, p. 47. — 2. Nicolas de Pellevé.
fut sans un petit accident de fortune qui luy arriva, dont il n’y avoit aucune raison qu’eile luy fist ce traict sur le coup de sa gloire; car, ainsi qu’il estoiten son logis qu’il disnoit, et n’attendoit que les chevaux de poste pour aller trouver le roy à Fontainebleau, et luy faire la révérance , on luy vint dire que les sergens avoient pris un de ses capitaines et l’emmenoient prisonnier au Petit- Chastellet. Luy, aussi prompt du pied que de la main , sort de table, part et court, et ses gens après, luy, et altrappe les sergens, les estrille un petit, et recourt1 d’entre leurs mains son capitaine, et retourne en son logis : dont la court de parlement en ayant eu des nouvelles en frit fort esmeue, et soudain faict sa forme de justice en cela accoustumée ; si bien qu’il falut que mondict sieur de Martigues fust arresté en son logis, lequel il eut pour arrest. Soudain M. de Martigues envoya un courrier au roy pour luy porter les nouvelles de tout, dont Sa Magesté et toute sa court en fut fort troublée; car il esloit fort aymé , et n’attendoit-on que sa venue d’heure à autre. La reyne 1 en fut fort faschce, pour voir ainsi traicter un tel seigneur, qui ne faisoit que venir combattre si heureusement et vaillamment pour elle, son royaume et son Estât; Messieurs ses oncles, M. deGuyse et M. le cardinal, de mesmes en estoient fort despitez , à cause de ce grand service faict à la reyne leur niepce. Pour fin , il ne falut pas grande faveur ny grande solicitation pour le jetter hors de ceste peine. Si vis-je M. deGuyze fort collère, et dire qu’il voudroit avoir donné beaucoup , et que