‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 174 sur 270 · Voyez Paris de Puteo, P 414, col. 1. — 2. De toute façon · texte numérisé non relu

Voyez Paris de Puteo, P 414, col. 1. — 2. De toute façon

330 ' DISCOURS

Ledict baron tua premièrement le baron de Soupez à Toulouze, qui estoit un très-brave et vaillant jeune homme, mais un peu trop outrecuydé; et je luy avois dict souvent comme son amy, en nostre voyage du secours de Malte, qui s’en corrigeast. Il mesprisoit lediet baron de Vitaux par trop, si qu’estant un jour en un souper, ayant eu quelques parolles assez légères pourtant, il luy jetta un chandellier à la teste, et en voulant’ avoir sa revanche sur le coup et mettant la main à l’espée, il fut empeschc par les amis du baron de Soupez, où il y en avoit plus que l’autre baron, et fallut sortir du logis. Mais au bout d’une heure guettant l’autre sortir, il ne faillyt de le tuer aussitost et l’cstendre sur le pavé, et ne fut sans danger ; car s’il fust esté pris, il estoit puny sur le champ, tant pour la rigueur de la justice de Toulouze, que pour ce que l’autre avoit de grands amis et parens en la ville, et se sauva bravement en habit de demoiselle. La façon en est longue à escrire, et s’en vint droit chez M. de Duras qui, comme trèscourtois et gentil seigneur qu’il estoit, le receut fort courtoisement, bien qu’il ne le cogneust par trop famillièrement, et luy presta chevaux pour venir chez moy, où ayant demeuré quinze jours, je luy fournis de chevaux et d’argent ce qu’il voulut (qu’il me rendit très-bien après) pour tirer vers Paris. L’on dira que je me fusse bien passé d escrire cesle circonstance. Au bout de quelque temps il tua Gounellieu’, qui venant de Bloys, un jour, de laisser le

t . En voulant , c’est-à-dire Viteaux en voulant.

2. Peut-être Nicolas de Gounelieu, chevalier de l’ordre du roi,

SUR LES DUELS

roy * qui l’aymoit fort, et avoit la charge de sa grande escuyerie, et s'en allant chez soy en Picardye, en poste, avec quatre chevaux, ledict baron le suivit en ayant eu bon advis, avec deux bons chevaux seullement, accompaigné du jeune Boucieaut*, l’attrapa aux pleines de Sainct-Denys, et le tua visle sans autre cérimonie; dont le roy en cuyda désespérer. Que s’il fust esté pris, il estoit infailliblement exécutté, tant il avmoit ce Gounellieu ; et s’en alla en Italie et n’en bougea jusqu a ce qu’il vint faire un autre coup, qui fut celluy de Millaud; mais premier, je diray pourquoy ledict baron tua ledict Gounellieu, parce que ledict Gounellieu avoit tué son jeune frère, jeune garçon de l’aage de quinze ans, mal à propos, disoiton, et avec supercherie; qui fut dommage certes, car ce jeune garçon promettoit beaucoup de luy. Tous deux suivoient feu M. d’Allançon. Voylà comment ledict baron revancha la mort de son jeune frère.

Estant donc de retour dltalie, il sceut qu’après le siège de la Rochelle’, Millaud se pourmenoit dans Paris à son aise, qui le pensoil encor en Italie, et ne le jugeoit jamais avoir le courage ny la résolution de retourner à cause de la fureur du roi. Néanmoins il retourne et se pourmeine par la ville en habit d'advocat, espie et recognoit le tout et son mieux, ayant

lieutenant d'une compagnie de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances.

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