Le siège fut levé en juillet
DISCOURS
laissé venir la barbe fort longue, si qu’il estoit irrecognoissable, se loge l’espace de quinze jours en cesle petite maison, qui est au bout du guet des Augustins, void et revoid passer son homme par plusieurs fois, ainsi qu’il m’a dict despuis. Puis voyant son bon, et qu’il estoit temps, sort un jour de son logis avec les deux Boucicaux frères, Provançaux, seullement, braves et vaillans hommes certes, aussi les appelloit-on les lyons du baron de Vitaux, et attaque Millaud, accompaigné de cinq ou six hommes passant tout devant son logis, le charge, le tue, avec peu de résistance, et se sauve bravement hors la ville et aux champs; mais le malheur fut pour luy, qu’en tuant ledict Millaud, un de ses coups d’estramassons par cas fortuit tumba sur un des Boucicaux à la cuysse, qui luy causa en marchant par pais une grand’ effusion de sang, dont il fut conlrainct descendre en un bourg et s’amuser et le faire penser à quelque petit barbier de village, ce qui fut cause qu’ayant esté poursuivy par le prévost Tanchon, fut pris à douze lieues de Paris, non trop à l’aise, car il fit grande deffence, dont il fut fort blessé; et fut mené à Paris au Four-l’Évesque, en tel danger que du jour au lendemain nous le tenions exécutlé. Je le vis par deux fois en la prison, qui me disoit tousjours d’une façon assurée, qu’il ne se doubtoit pas moins que de la mort, de laquelle il ne se soucyoit, puisqu’il avoit vengé celle de ses deux frères , car Millaud avoit tué son autre frère, qui s’apelloit le baron de Tiers', et, disoit-on, en supercherie et ad-