De la ville de Brescia
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coup, il faut se sauver), passe par la mesme porte, monte luy et ses gens sur leurs bons chevaux, qui les attendoient là auprès, fut à une lieue de là plus tost que la riunour et l’allarme fust esmeue en la ville. On court après , tant ceux de la justice que des parents du mort, qui estoient grands seigneurs, mais ils n’y gagnèrent rien; et se sauve* bravement en Piedmont, où il se met au service du roy Henry II, lequel il servit et la couronne de France, si fidellement que tant qu’il a vescu il se peut mettre au rang des plus fidelles serviteurs qu’y ait esté, non seullement des estrangers, mais de bons François mesmes.
Ce ne fut pas tout : lorsque nous allasmes au secours de Malte, il y vint pour son plaisir, comme si ce fust esté un jeun’ homme qui n’eust jamais veu guerre, mais en cela il respondit que la plus belle mort du monde estoit que de mourir pour l’honneur et la relligion de Dieu, et qu’en ce il vouloit imiter son grand prédécesseur, le comte de Martinengo, qui de mesmes pour son plaisir alla au secours du dernier siège de Rhodes, où il mena à ses propres coûts et despans deux cens hommes de guerre, là où il lit si bien que l’histoire qui en a estée faicte 1 asseure que la ville tint plus de deux mois pour sa venue qu’elle n’eust faict, et y fit de très-beaux combats. J’en ay leu l’histoire qui ne se recouvre aisément, mais je
1 . Il s’agit de la Grande et merveilleuse et très cruelle oppugnation de la noble cité de Rhodes prinse naguères par sultan Seliman. . . , rédigée par escript par excellent et noble chevalier frère Jacques , bastard de Bourbon. Paris, 1326, in-fol., goth. Il y est en effet question de Gabriel Martinengo à divers endroits et, entre autres, aux folios xu, xiv, etc.
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l’ay, et est très-belle, déclarant beaucoup de belles singullaritez de ce siège.
Pour retourner encore à nostre comte, allant à ce secours de Malte, bien qu’il fust fort dissuadé de ses amis de n’y aller point à cause qu’il pourrait rencontrer encore quelque reste de ses ennemis cachez, amis de son trespassé en quelque part d’Italie. Je le vis aussi résolu de faire ce voyage, comme s’il n’eust eu aucun ennemy; disant tousjours que si on le tuoit il en tuerait aussi. Il passe par le Piedmont comme nous autres, passe à Pavie, non guières loing de Bresse, passe à Gênes d’une détermination aussi assurée que j’aye jamais veu , s’embarque à Gênes comme nous autres dans des petites frégates. Enfin nous arrivasmes tous à Malte, ayant coustoyé toute l’Italie, sains et sauves, luy ne craignant rien. A nostre retour, il s’en tourne par terre comme nous autres, sçait qu’il y a dans Rome un parent de son homme, entreprend de l’aller tuer, mais il fut dissuadé et pressé par ses amis de le laisser et sortir de la ville et qu’il en avoit fait prou par le passé. Enfin il se retire en France, tousjours par terre de ville en ville, n’approchant pourtant des terres des Vénitiens, car il n’avoit encore faict son accord et fust esté en peine de la vie; et ce fust esté aussi par trop tenter Dieu et la fortune.
Voilà de grandes et asseurées résolutions, mais grandes aussi celles dont il a usé, combattant si bien en nos guerres, tant estrangères delà et deçà les monts, que nos civilles, dont j’en parle ailleurs en mon livre des Colonnels. Grande fut aussi et sa vaillance et tout, qu’il monstra en son combat qu’il
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fit en Piedmont, sur le pont du Pau, contre un autre sien ennemy italien, chaseun ayant deux dagues aux deux mains. Il est vray que la gauche et tout le bras entier avec les espaules estoit armé d’un grand brassard, mais ce brassard estoit tout d’une venue, et ne se ployoit point, ce qui gehennoit et contraignoit le bras, et le tenoit fort droict. Cela avoit esté faict et ainsi choysi de son ennemy qui avoit esté blessé au bras, comme feu mon oncle de la Chastaigneraye. Enfin M. le comte Martinengo demeura vainqueur et tua son ennemy sur le champ. Ce combat fut fort furieux, à ce que j’en ay ouy discourir à gens qui le visrent, mesmes au bon homme feu M. de Vassé l, qui estoit parrain dudict comte, bien que ledict combat ne fust sollemnisé de plusieurs cérimonies des camps-clos que je dirois, si bien qu’on le tint quasi plus faict en forme d’appel et de combat à la mazza qu’autrement. Tout cela ne sert rien à nostre faict; tant y a qu’il fut beau et bien combatu, et qui rapporta audict comte beaucoup de réputation, non que pour cela il en ait esté guière glorieux en son temps, ny pour plusieurs autres vaillances qu’il a faict en sa vie; car c’estoit le plus doux et gratieux gentilhomme qu’il estoit possible de voir, amy où il le promettoil, je le puis asseurer pour moy, et pour me l’avoir monstré une fois. Bref, sa réputation fut si bien divulguée et sa valleur, que la guerre s’estant esmeue entre le Turc et les Vénitiens, un jour ils luy envoyèrent, sans y
1. Antoine Grognet, seigneur de Vassé, gouverneur de Pignerol.
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penser', à Paris (où il se tenoit quasi ordinairement, ou à la cour, quand n’y avoit point de guerre) son pardon général et absolution de tout le passé et une commission (avec force argent) de colonnel de trois mill’hommes et de les lever; ce qu’il lit bien à propos, et non sans grand’ peine, car la guerre civile troisiesme estant faillie et la paix faicte, estant fort aymé des soldats et les appoinctant bien, en moins d’un rien amassa ses hommes, encore plus qu’il ne falloit, s’en va à Venise bien receu, voire adoré; paîse en Dalmatie avec ses braves François, et quelque peu d’Italiens, où il faict bravement la guerre, jusqu’à ce que la paix survint entre le Turc et les Vénitiens, traictée à la sollicitation du rov, par ce grand personnage M. de Dax, son ambassadeur ; et puis s’en estant retourné en France, et la guerre civile encore rallumée, il mourut devant la Charité*, le siège y estant mis, estant maistre de camp de douze enseignes de gens de pied, dont ce fut très-grand dommage; car c’estoit un grand homme de guerre et un fort homme de bien et d’honneur. J’en parle ailleurs en mon livre des Colonnels et maistres de camp*.
C’est assez parlé de combats meurtriers, dont j’en dirois cent exemples signaliez, mais je n’aurois jamais faict; parlons un petit maintenant des courtoisies qui ont estées pratiquées du temps du roy François. Il envoya une fois feu M. le cardinal de Lorraine', son