Charles de Lorraine, mort en
SUR LES DUELS
cher favory, en Flandres, pour jurer quelques trelVes entre les mains du feu empereur Charles. Ledict M. cardinal y alla très-bien accompaigné d’une fort belle noblesse de la cour, parmv laquelle estoit un brave et vaillant gentilhomme breton , haut à la main, nommé M. de Sourdeval*, qui longtemps a esté gouverneur de Bellisle, jusques à ce que le roy Charles lui osta pour la donner au mareschal de Rez en propre. Ce M. de Sourdeval vint à avoir une querelle contre un autre gentilhomme françois, dont je ne sçay bien le nom ; ils s’en allèrent sans sonner mot à personne, sinon entr’eux deux, hors de Bruxelles, où la cour impériale se tenoit. La fortune fut si bonne pour M. de Sourdeval (et aussi que c’estoit un très-vaillant homme) qu’il blessa son ennemy quasi à la mort; toutesfois si fut-il un petit blessé, et d’autant qu’il estoit venu à cheval sur un courtaut, et son ennemy à pied, il leva son ennemy et le monta sur son courtaut dans la selle et luy en crouppe, le tenant tousjours des deux bras, le soulageant le plus qu’il pouvoit; et par ainsi se rendirent à la ville et chez un barbier, et le fit fort curieusement penser, dont il se guérit. Il y en a aucuns qui eussent mieux aymé mourir que se laisser aller à une telle courtoisie, vile pourtant pour un brave cœur; car en ceste façon le vainqueur triumphe fort, par quoy le vaincu eust mieux aymé là mourir qu’eslre assisté
1. Probablement André Lemoine, seigneur de Sourdeval, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, gouverneur de Mortain.