Claude de Fourquevaux, tué en
2. Je ne sais s’il s’agit de Charles de Carbonnièrcs , chevalier de l’ordre du roi, ou de Jean-Charles de Carbonnières, tous deux seigneurs de la Chapelle-Biron.
DISCOURS
tua dans la forest de Fontainebleau, où ils s’estoient tous deux apellez, et dans deux coups l’autre demeura roide mort sur la place; et La Chapelle sain et sauve se retira ; lequel venant de frais d’Italie, où il avoit apris du Patenostrier la millice de l’espée, avec son brave courage demeura vainqueur, bien que le vaincu sçeust très-bien tirer des armes, comme je les luy avois veues très-belles en la main ; et fust esté un brave jeune homme, qui promettoit beaucoup.
Le capitaine Rollet' que j’ay veu nourrir page de RI. de l’Archant, et despuis gouverneur du Pont-del’Arehe en ces guerres civilles, où il a faict très-bien la guerre sortant hors de page, rendit ainsi un combat au Pré-aux-Clercs très- vaillamment et heureusement, et tua son ennemy (dont j’ay oublié le nom) sur le champ, et aussitost.
En ces combats hastifs et précipitez et qui donnent du premier coup la mort, il ne faut parler de la vie; mais quand on respire encor, il faut estre courtois sur le vaincu, la gloire en est très-belle et pie. De dire pourtant que le vaincu (à qui la vie a esté donnée) soit déshonnoré pour cela, il ne l’est point; c’est une fortune de RIars, à qui le plus vaillant homme du monde est subject, soit, ou qu’il désempare son espée, ou qu’elle se rompe, ou bien qu’il tumbe par terre, ainsi qu’il arriva dernièrement et de frais à M. de Sainct-Gouard ’, qui tumba devant
1. Ou Raulet. Il était en 1591 gouverneur de Pont-de-1' Arche pour Henri IV.
2. Jean de Vivonne, seigneur de Pisani, marquis de Saint- Gouard.
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M. de la Chastaignerays*, qui ne le voulut tuer, ains luy permit de se relever; mais aussitost furent séparez, car le combat fut faict quasi à la veue de la cornette du rov, qui marchoit, s’estans mis à l’escart.
Un de ces ans, advint un combat entre le seigneur Amadeo, frère bastard de M. de Savoye, et M. de Créqui1, gendre de ce grand M. d’Esdiguières; je ne me veux amuser d’en dire le subject, car il est ailleurs escrit, et aussi que force gens le sçavent, pour en estre la nouvelle récente. Tant y a qu’estans venus au lieu assigné du combat, la fortune fut si bonne pour M. de Créqui qu’il blesse son ennemy, et le mit à tel poinct de demander la vie, qu’il luy cède fort gentiment et librement; ce qu’ayant sceu, M. de Savoye s’en colléra si fort contre son frère, qu’il luy dict et commande de retourner au combat aussitost après estre guéry, quoy qui fust. A quoy il ne faillit, et non plus le seigneur de Créqui, de comparestre. Ce fut en une petite islette du Rosne. D'en dire les . formes, les seconds et appellans, s’en seroit une
t . Probablement Charles de Vivonne, baron de la Chastaigneraye, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit (1386).
2. Don Philippe de Savoie, frère bâtard du duc Charles-Emmanuel I", fut blessé mortellement par Charles de Créquy, le 2 juin 1599, dans un second combat livré sur la rive savoyarde du Rhône, et mourut quelques jours après. La première rencontre avait eu lieu au mois d’août de l’année précédente. Le sujet de la querelle, qui datait de 1596, était une écharpe qui avait appartenu à Philippin et était tombée entre les mains de Créquy, lors de la prise d’assaut du fort de Chamousset. — Voyez de Thou, liv. CXXIII, et le manuscrit 272 de la collection de Mesmes (Bibliothèque nationale), où les pièces relatives à cette affaire occupent les folios 218 à 274.
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chose superflue. Pour la fin du combat faict à l’aspect de plusieurs arregardans deçà et delà le Rosne, la fortune fut encores [si] bonne pour le seigneur de Créqui, qu’il abbat son ennemy et le tue, sans en avoir plus de mercy; dont en cela il usa fort bien de sa fortune que Dieu luy donna encor ce coup; possible, par la volonté de Dieu, que s’il l’eust espargné encor, il luy en eust mal pris à la troisiesme lutte, n’ayant sceu ou voulu user de la grâce qu’il luy avoit octroyé dont il s’en fust repenty, et l’eust-on aussitost fort blasmé de ne s’estre aydé de cette grâce que Dieu luy avoit faict. M. de Savove lorsqu’il vint dernièrement en France1, il fut curieux de saluer tous les gallans de la cour, fors mondict sieur de Créqui. Les uns disent, parce qu’il ne luy eust pas esté bien séant (comme de vray et de raison) de saluer le meurtrier de son frère; d’autres disent que M. de Savoye se plaignoit qu’il l’avoit tué tombé en terre et abbattu ; en quoy M. de Savoye ne devoit avoir esgard (disoient aucuns), car puisqu’il avoit repris sondict frère bastard d’avoir demandé la vie au premier combat, et contrainct et commandé d’en recommencer un autre, que pouvoit faire moins M. de Créqui que de penser à revenir au tiers combat*, et pour ce, en voyant avoir son beau jeu, d’en achever la partie tout à-trac, sans plus la remettre? Voylà donc pour fin de ce combat l’exemple
1. Charles-Emmanuel arriva à Fontainebleau le 14 décembre 1599, et à Paris le 21 décembre.
2. C'est-à-dire : que de penser que son adversaire pouvait recommencer un troisième combat.
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que l’on y doit prendre à tuer ou espargner son ennemy en tels aceidens ; tels coups d’espargne pour la première fois, mais nullement pour la seconde, où l’on doit fermer les yeux à tout mercy et miséricorde.
Sur ce conte et raisons y alléguées, je fairay ceste petite digression, afin qu’on sçache comme d’autresfois se sont faicts en Italie, France et ailleurs, des combats à outrance et duels solemnels, où celuy des combattans qui avoit l’eslection des armes, et mesmes de l’espée (comme quasi c’est tousjours l’ordinaire, bien que l’on se batte avec la lance, la picque, l’halebarde et autres armes, de la porter au eosté comme la plus noble arme de toutes), faisoit porter dans le camp quatre espées ; c’est à savoir : deux pour les premiers assauts, et deux autres que les juges du camp garderoient pour une réserve, afin que l’espée de l’un ou de deux vint à se rompre, les juges en fournissoient qui en avoit besoing ou tous deux, en faisant faire le hola, et après recommençoient et poursuivoient leur bataille ; mais cela se faisoit avec pache et conditions accordées entre les parties, juges, parrains et eonfidans advant qu’entrer au combat; et de plus, ces deux secondes espées données ou une seule, à qui en avoit faute, si elles se venoient à rompre, ne falloit plus parler d’avoir recours à d’autres troisiesmes, et falloit mourir ou vaincre en quelque façon que ce fust, ou se rendre; et telles espées les appelloit-on les espées de provision. Aujourd’hui en nostre nouveau et friand françois, on les appelleroit les espées ou secours de réserve. Pour ce coup je n’en allégueray autre
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exemple que celuy de feu M. de la Chastaigneraye mon oncle, en son combat où son ennemy ayant faict apporter quatre espées, du commencement qu’on les vist parestre, on pensa que Jarnac se vouloit battre de deux espées contre deux, mais après avoir ouy son dire de son parrain et eonfidens, trouvèrent qu’il y en avoit deux de réserve, le tout avec le mesme pache que j’ay dict cy-devant, que par après il n’en falloit plus espérer d'autres. L’on peut donc par là colliger que c’est assez d’avoir tenté la première et seconde fortune, sans retenter la troisiesme, possible contre la volonté de Dieu, qui en puniroit la trop grande outrecuydance. Ainsi M. de Créqui, par le dire de plusieurs grands capitaines, fit bien d’achever cette seconde parjtie, sans la remettre à la troisiesme.
Bref, il arrive en ces combats tant d’accidens et tant d’inconvéniens, que je ne les aurois jamais dicts, tant à pied qu’à cheval; sur lesquels il faut que nos mareschaux et grands capitaines jugent si la vie a esté bien donnée, ou en advantage ou en désadvantage, en supercherie ou bonne guerre, et là-dessus ordonnent un second combat ou non. De les juger déshonnorez pour cela, comme j’ay dit, ils ne le sont; mais les faut appeller à la mode de l'Espagnol : vencidos, no por falta dy coraçony valor , mas por mala suerle'. Et pourtant c’est tousjours la vie donnée, car, et que me chaut-il, si vous avez désemparé de vostre espée, quelle vous soit rompue ou que soyez tumbé?
1 . Vaincus non par faute de courage et de valeur, mais par le mauvais destin.
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Cela ne s’apelle point vous avoir donné la vie par advantage : sur quoy pour mieux, il faut que les grands juges lacent comm’il se faisoit en tel cas à Naples, ainsi que l’ay là apris aussi : les amis des deux parties ou les grands capitaines les prenoient et les accordoient tout bellement en quelque façon que ce fust par gentilles inventions, que les bons et gentils esprits sçavent très-bien excogiter. Bien est-il vrav que j’ay ouy dire à aucuns que pour le mesme subject que l’on s’est battu, et la vie donnée, le combat ne se peut redemander; mais au bout de quelque temps si le vaincu prend un nouveau subject de son ennemy, il le peut faire, car d’avoir tousjours les mains liées, et si l’autre l’offensoit encor de nouveau, il n’y auroit point de raison de luy refuser le combat, et que l’autre estant appellé n’y allast, autrement il luy iroit de son honneur, ou bien que tous deux s’y accordassent de bonne voglio ', ainsi que je vis cela mesme arriver entre le capitaine Castelnau, gentil et vaillant soldat, bien qu’il fust fort jeune, du pais de Languedoc, brave race certes, dont j’en ay cognu quatre frères très-vaillans; et le capitaine Dalon, du pais de Xaintonge, vaillant aussi. Il estoil le second des trois frères, tous trois eslevez de M. le mareschal de Biron. Ils vinrent à avoir querelle ensemble en l’armée, où commandoit mondict sieur le mareschal, qui les accorda, mais aussitost après ils prirent un nouveau débat, et s’allèrent tous deux tuer, dont fce fut très-grand dommage. Aucuns dirent que ce fut de gayeté de cœur, et de concert faict entre eux