roglio , volonté
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avant l’accord, et que ce n’estoit que pour contenter mondict sieur le mareschal , et après s’iroient battre et se tuer comm’ils firent; il falloit bien dire qu’il y eust de l’animosité. Certes si les parties s’accordent en cela pour quelque raison et subject que ce soit, faire le peuvent, mais gare que le dieu Mars ne s’irrite contre le vainqueur, le voyant abuser de la faveur qu’il luy avoit faicte; ny plus ny moins que faict le dieu Neptune au marinier qu’il a sauvé d’un grand nauffrage; et puis se fiant encore en luy d’une seconde grâce, rebat la mer, où il se trouve plongé et très-bien noyé. D’autres raisons se peuvent alléguer là-dessus, et pro et contra sur ce subject, que je laisse à discourir à de plus capables que moy.
Surtout aussi il n’est bien séant que le vainqueur face par trop sa parade de sa courtoisie de vie donnée, et ne publie tant sa victoire au mespris par trop du vaincu, et trop vaine ostentation pour luy; car ce seroit par trop profaner la grâce que Dieu luy a faicte, comme de triumpher de ses armes et chevaux, les monstrer à un chascun, les appendre à une église en signe de trophée, ou par bravade, ou dévotion, ou vœu, que l’on a faict à Dieu, lequel ne se soucie guières de ces offrandes; comme jadis les dieux Mars et Neptune se plaisoient fort en tels présents d’armes et despouilles, et comme aux camps solemnels jadis cela se faisoit, et comme aussi j’en sçay un, qui ampres un pareil camp, en voulut faire de mesmes en une grand’ église de ce royaume, mais il en fut dissuadé par aucuns de ses amis; car résolument s’il l’eust faict, il eust esté tué dans deux jours en despit de
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tous les vivans; il estoit trop bien aimé et aparenté1. Le temps passé cela se faisoit, voire pis, comme j’ay dict cy-devant, et estoit sacrilège de les dépendre. 11 faut en cela se gouverner sagement et recognoistre en autre façon la grâce que Dieu vous a faicte; j’en parle maintenant en chrestien, sans alléguer ny recognoislre le dieu Mars, mais notre souverain, qui veut que l’on ne se hausse par trop en sa victoire, mais que l’on s’humilie et qu’on luy rende très-humbles mercys de tout; autrement il sçait bien rabaisser ces hautains, comme j’r.i alléguerais force exemples. Voylà comment un bon chrétien se doit gouverner, et s’il est tantcontrainct par la voye et devoir chevalleresque de se rebattre, il faut se recommander à Dieu, et le suplier de luy estre autant favorable ceste fois comme l’autre, et qu’il ne retourne au combat pour abuser de sa première grâce qu’il a receu de luy, ny pour vangeance ou inimitié animée, ains pour l’amour de la loy de l’espée qu’il luy a mis au costé, et pour le devoir de la noblesse où il l’a colloqué.
Il y a aussi une autre dispute, que l’on faict sur la différence des mots que l’ont dict, ou : « Je te donne la vie par courtoisie et gentillesse; » ou : « Je ne te veux pas achever, j’en serais bien marry, » et autres pareils mots courtois ; ou bien de dire : « Rends toy, ou je te tueray. Demandes-moy la vie ou je t’achèveray. » Certes ces mots derniers sont fort fascheux à profl’érer à un homme de cœur, qui aymeroit mieux
1. Il estoit trop bien aimé, le vaincu. Il s’agit sans aucun doute de la Chastaignerayc et de son vainqueur Chabot qui, après le combat, alla solennellement remercier Dieu à Notre-Dame.
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mourir de cent morts que les prononcer, comme il s’en est veu force. Par quoy pour le mieux, il est plus expédient de donner la vie gentiment et gracieusement, sans ainsi contraindre son ennemy à parler tels mots, qui semblent plus une ostentation et façon de s’en prévalloir après, qu’une courtoisie receue, ny pour l’amour de Dieu, ou charité que l’on doit à son prochain; et par ainsi ce vaincu se pourroit rebattre, mais non autrement. Car vouloir combattre son second père et son bien-facteur, c’est offenser Dieu, qui est grand ennemy des ingrats et très-juste vangeur.
Il y a encor un poinct, que si un trouvoit en une rue ou aux champs, et du premier abord il attaquast son ennemy sans dire gare, et luy donnast une grande estoquade à travers le corps, ou luy coupast la main de l’espée, et le laissas! à demy mort, ou le blessast en autre sorte de supercherie, et puis après qu’il dist luy avoir donné la vie, ce traict seroit fort villain et faict en trahison, et la vanterie fort folle et ridicule, et dont on s’en pourrait rire aisément et se mocquer.
J’en ay cognu un qui en fit de mesme, et de mesmes s’en vanta, mais il fut bien mocqué et fut payé de mesmes. Là-dessus venant le pauvre blessé à se guérir, il peut non pas l’appeller, mais luy en faire de mesmes, voire avec un canon le porter avec luy, s’il se pouvoit, pour le tuer.
Enfin, toute vie bien et honnestement donnée, elle est recognoissable par tout le monde, sans une seconde recherche de combat ; mais le plus beau et le meilleur est que les roys, les princes souverains, les
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mareschaux de France, et autres grands capitaines passent tout cela soubs un bon accord, et que jamais il n’en soit plus parlé; et si le vaincu en sent en soy quelque charge de conscience et d’honneur, et qu’il luy semble que quelqu’un en parle, il faut qu’il s’attaque à luy et le face taire à bon escient par une bonne espée; car il vaut mieux, que si la disgrâce est telle, qu’il soit vaincu de luy ceste fois seulle, que s’il venoit l’estre de l’autre encor une seconde fois; ou bien il faut que les grands juges en leur accord facent comme je vis une fois faire à feu M. de Martigues lorsque le roy Charles IX, avec ses grands mareschaux et grands capitaines, ayant accordé dans son cabinet MM. de Frontenay', dict le jeune Rouan, et de Querman', tous deux grands gentilshommes et seigneurs de Bretaigne, où il y alloit plus de l’un que de l’autre, car Querman avoit esté blessé et Frontenay aussi, tous deux bien fort; mais Querman disoit tous jours que ce n’a voit pas esté Frontenay qui l'avoit blessé, mais un autre gentilhomme que je ne nommeray point. Enfin ils furent accordez, et sortans du cabinet en la chambre du rov, M. de Martigues les tenant tous deux par la main, il cria tout haut, où il y avoit plus de deux cens gentilshommes qui en attendoient l’yssue : « Messieurs, le roy m’a commandé « de vous dire à tous vous autres qu’il a accordé ces a deux messieurs, à esgal honneur, et qu’il n’y va rien « de F un ny de l’autre, et qui voudra dire le contraire « et qu’ils ne soient tous deux gens de bien, d’honneur