Jean de Plusquellec, dit de Carmen ou Kermau
DISCOURS
« et valleur, il en a menty. » Plusieurs là-dessus en goguenardant et riant respondirent : « Monsieur, « nous ne voulons point combattre le roy sur ce dcs- « menty; il n’y a rien à redire puis que le roy y a passé a le ballais. » Oncques puis n’en fut autre chose. En quoy j’ay veu faire une dispute parmv les duellistes, à sçavoir, si l’on se peut ainsi remettre de son différent et de son honneur entre les mains d’un empereur, d’un roy, d’un autre prince souverain, et d’un général ou d’un grand capitaine. Aucuns ont dict que si, autres non, et disent que l’honneur perdu se doit reconquérir par la valleur propre de celluy qui l’a perdue, et non par celle d’autruy :que si les empereurs et roys jadis ont faict des loix de leurs propres mouvements et autorilez sur plusieurs subjects, ils n’en n'ont jamais peu faire contre l’honneur des hommes.
Sur quoy il me souvient qu’une fois à la cour s’estant esmeue une querelle, entre le seigneur de Genlis le jeune, dict Yvoy, que le due d’Albe deffit en Flandres, et M. de Mareuil, de Bretaigne, très-brave et vaillant gentilhomme et fort haut la main, ainsi qu’ils sortoient de la salle du bal de Fontainebleau, du temps du roy Henry II, pour s’aller battre, M. de Montberon, quatriesme fils de M. le connestable, jeune seigneur, très-brave, vaillant et gentil, ainsi qu’il le monstra à sa mort, dont j’en parle ailleurs, les empeseha de sortir, et sur le coup les voulut mettre d’accord, en leur demandant s’ils ne s’en vouloient remettre à luy de ceste querelle et de leur honneur. M. de Mareuil fort esealabreux et vieux routier d’armes et de guerre, luy respondit : « Mon honneur,
SUR LES DUELS
« mortdieu, et c’est tout ce que je voudrois faire que « de le confier et remestre entre les mains de M. votre « père, qui est l’un des grands capitaines de la chres- « tienté. » Ce mot fut trouvé bon tant de mondict sieur le connestable, de M. de Guyse, que autres grands capitaines, qui furent assemblez pour les accorder. Si faut-il pourtant en matières de querelles et d’accord s’en rapporter et se fier tousjours aux grands rois, capitaines, connestables et mareschaux, lesquels par leurs valleurs et grandes expériances ont acquis leurs beaux tiltres et quallitez, et est à présumer et croire qu’ils doivent blasonner * des armes, de leurs débats et accords, mieux que nous autres pauvres diables, qui sommes novices au prix d’eux; car ils sçavent excogiter et trouver tous les jours des invantions nouvelles et extraordinaires, qu’on ne pourroit pas croire, ainsi que font nos grands sénateurs * en leurs cours et causes, pour les juger et amodérer selon les loix de l’équité et justice.
Sur quoy je fairay ce conte de feu M. de Guise le Grand, du temps du roy François II, comment il se porta pour l’accord d’une querelle assez vieille entre feu M. de Maugiron’, et le capitaine Rance, de Champagne. Eli’ avoit esté esmeue dès le voyage d’Allemaigne qu’y fit ledict roy Henry H, et d’autant que le roy avoit deffendu les combats en son royaume, nommément ceste querelle avoit tousjours demeuré
i . Blasonner, discourir, discuter.