‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 189 sur 270 · En · texte numérisé non relu

En

SUR LES DUELS

leur faict et en leur dire, que l’une en raconte d’une sorte, et l’autre de l’autre, ainsi aussi que l’on en void aucuns pleins de vent , qui se vanteront l’avoir donnée, d’autres de mesme gloire le nyeront. Bref, en quelque sorte que ce soit, si lesdictes parties ne s’accordent en leur dire, et s’y contredisent en variations, il faut que le roy ou le prince (si cela vient en sa notice) délègue pour esclaircyr le tout, et pour les accorder mieux , de bons capitaines pour juges; voire s’ils y appellent quelques gens de justice, il n’y a point de mal ; car ces gens-là ils sont fort subtils et rompus de tirer les vers du nez de la vérité ou de la vraysemblance , pour les causes criminelles, qui vont tous les jours pardevant eux; et puis sur cela s’ils se puissent accorder, qu’ils les accordent, sinon, que le prince les face rebattre , en faisant pourtant à cognoistre au monde les raisons justes pourquoy il leur ordonne le combat; voire faut-il qu’il ordonne juges et tesmoings honnorables pour en juger et par amprès de ne retumber par cas fortuit en mesme controverse et contestation, mais le malheur est que tel qui quelquefois pense (comme j’ay dict) r’abiller sa cause, qu’il la perd, et tel le roy pense gratifier par un otroy de combat, qu’il s’en repent, pour perdre un homme de bien et de valleur, qui luy eust faict du service beaucoup. En quoy le roy, ou le prince doit estre bien considéré, car il n’y a que Dieu seul qui puisse juger du sort des armes ; parquoy un bon accord est le souverain remède à tout cela, et si aucun se ressent touché en l’âme, qu’il ne se désespère point pour cela, et qu’il entreprenne un beau voyage de guerre, et là se lasse tant

DISCOURS

signaller par ses vaillantises (ainsi que fit Fandilles que j’ay dict cy-devant, et force autres), et qu’il fasse paroistre au monde que son désastre est venu plus par un certain destin malheureux, comme j’ay dict, que par faute de courage. Ce mot icy et puis plus :

J’ay ouy parler d’aucuns, lesquels se sont ainsi jactez 1 et vantez d’avoir donné ainsi ces grâces de vie, qui n’en méritoient si grand los comme l’on diroit bien ; car possible ne sçavoient-ils pas bien tuer leur homme, soit qu’ils n’en ont pas bien l’asseurance, ou qu’ils en appréhendoient son fantosme et son ombre après sa mort, ou soit autrement; ou bien qu’ils laissoient la victoire à demy, pour n’avoir pas l’esprit ny la résolution de la sçavoir pas bien poursuivre, soit ou que le jugement leur failloit, ou que trop d’ardeur les perdoit, ou qu’ils n’avoient le cœur de parachever leur ennemy, ou qu’ils avoient un aise et joye extresme et impatiente de se retirer sains et sauves, ou bien avoient haste de s’aller faire penser, s’ils estoient blessez. Aucuns qui craignoient Dieu et ne vouloient achever de tuer, ceux-là sont à louer; aucuns redoubtoient le roy et sa justice s’ils venoient à estre pris, et se sauvoient de vitesse comme ils pouvoient; aucuns craignent aussi les parens, qu’ils ne les recherchent et poursuivent de vengeance, sur la trop grande cruauté ; bref il y a tant d’autres considérations en cela, que je laisse ramener là-dessus à de plus cent fois capables que moy.

Voilà (pour conclure cette dispute) ce que j’en ay ouy discour ir, et appris de grands capitaines italiens

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