A tel point de combat et de guerre
DISCOURS
de Matas Tant y a, que c’estoit un brave gentilhomme. Luy ayant donc pris querelle un jour que le roy François II, après quelques jours de la mort du roy Henry II son père, estoit allé au bois de Vincennes «à la chasse aux dains, avec le jeune Achon dict Mouron* nepveu de M. le mareschal de Sainct André, et s’estant retirez à part du roy et de la chasse, dans le mesme pare, se mirent à se battre sur la motte qui est là. Matas, qui estoit un vieux routier d’armes et qui en avoit faict preuve ailleurs que là, vint à mener et pourmener le jeune Achon de tel poinct, qu’il luy fit voiler l’espée hors des mains, et le voyant là réduit, sans le poursuivre autrement, luy dict : « Va, jeune homme, apprens une autre fois à tenir mieux ton espée, et à ne t’attaquer point à un tel homme que moy ; amasse ton espée; va-t’en, je te pardonne, et qu’il n’en soit plus parlé, jeune homme que tuez»; et s’en tournant pour monter à cheval, sans y penser, Achon ayant amassé son espée, courut après luy, et luy donna un grand coup d’espée à travers le corps, et du coup tumba tout roide mort par terre; et n’en fut autre chose, parce que Achon estoit nepveu du mareschal de Sainct André, et l’autre, parent de madame de Vallentinois qui, par la mort du roy Henry, avoit perdu tout son crédit. Si est-ce que le pauvre Matas ne laissa à estre bien plainet et regretté, car il estoit gallant et vaillant. Toutesfois, il fut fort blasmé,