‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 193 sur 270 · Lieu de respect, lieu que l’on doit respecter · texte numérisé non relu

Lieu de respect, lieu que l’on doit respecter

maison du roy, si fut-elle fort trouvée mauvaise du roy; car enfin e’estoit un appel tousjours, veu les propos que les deux avoient eu le soir avant, et fallut que M. de Cipière s’absentast de la cour; mais par la prière de feu M. d’Orléans, il luy fut pardonné, car il l’aymoit fort; aussi estoit-il aymable, car c’estoit un aussi brave et gentil cavalier, et le plus accomply en toutes choses qui fust à la cour il y a cent ans.

Du règne du roy François II, feu M. des Bordes , duquel je parle ailleurs, brave et vaillant gentilhomme, nepveu du mareschal de Bourdillon, et qui mourut lieutenant du comte d’Eu en la bataille de Dreux, eut quelques parolles de picque contre feu M. d’Yvoy-Genlys qui mourut en prison en Flandres, y ayant esté pris en y menant des forces, lorsque le duc d’Albe tenoit Vallenciennes assiégée et la reprit aussitost du costé de la citadelle qui tenoit pour luy; j’en parle ailleurs. Cet Yvoy donc, brave et vaillant gentilhomme aussi, ayant esté appellé pour M. des Bordes par feu M. de Gersay qui mourut devant le fort de Saincte Catherine, à Rouen, le jour qu’on le recogneut, en une fort belle escarmouche aux premières guerres, ces deux gentilshommes donc s’estans battus fort vaillamment près du parc, à SainctGermainen-Laye, arriva qu’ils furent blessez tous deux fort; mais des Bordes beaucoup plus, car il eut un jarret coupé, dont il demeura estropié et boitteux toute sa vie; ce que fut grand dommage, car il estoit des gailans de la cour, et de fort belle et riche taille. Toute la cour en fut fort csmeue et contristée, tant des dames que des gentilshommes et seigneurs. Feu M. de Guise le Grand s’en escandalisa bien fort.

SUR LES DUELS

comme grand-maistre de la maison du roy, à qui touchoit d’en observer et faire garder les privilèges et authoritez fort estroictement de ladite maison et hostel du roy; et pour ce commanda aux capitaines des gardes et prévost de l’bostel de s’informer diligemment qui avoit esté celuy qui avoit apporté la parole d’appel, et se trouva M. de Gerzay qui en ayant senty le vent, s’estoit un peu escliappé à l’escart, mais aussitost (parce qu'il estoil l’un des plus favoris du roy, avec Fontaine-Guérin1 despuis tué à Sainet Malo, en estant gouverneur, par les siens propres) fut pardonné, avec une remonstrance que feu M. de Guise luy fit devant le roy et M. le cardinal, qu’il n’eust plus à y retourner ny nul autre, car il n’y alloit rien moins que la vie, disant que c’est un crime capital. J’y estois et le vis. Si feu M. de Guise eust vescu encores plusieurs années, il eust bien empesché tant d’appels qui s’en sont ensuivys aux cours de nos roys, et en eust bien faict punir non-seulement pour ces appels en l’hostel du roy, mais pour plusieurs autres follies que j’ay veu faire aussi bien dans les maisons du roy, que dans ses salles et chambres.

Une fois dans la chambre du roy Henry EU, au Louvre, il y eut deux gentilshommes braves et vaillans et bien qualifiez, que je ne nommeray point, qui eurent une parole ensemble et vinrent si avant qu'ils furent aux mains et aux dagues, en la présence de trois présidens et cinq ou six conseillers de la

1. Honorât de Bueil, sieur de Fontaine-Guérin, chevalier des ordres du roi, vice-amiral de France, lieutenant général en Bretagne, gouverneur de Saint-Malo.

cour, qui par cas se trouvèrent là, estans venus parler au roy pour quelques affaires qu’il leur avoit recommandé, et attcndoient le roy qu’il sortist de son cabinet. Sur quoy M. le premier président dict : « Voilà « des gentilshommes qui font là de grandes fautes; « que si dans nostre Palais il leur fust arrivé d'en « faire la moindre de toutes qu’ils ont faictes là, je « leur aurois bientost faict leur proeez. » Mais les autres soudain, par l’advis de leurs amis, furent contraincts de dire que le tout s’estoit faict en jeu, pour coulorer leur faict.

11 arriva de mesmes à M. de Sainct Luc, à Anvers, dans la chambre de M. d’Alençon, luy estant en son cabinet, mais le prince d’Orange en vit le jeu en sortant, qui fut contre le sieur de Gauville1, où il y eut quelques coups dont le prince d’Orange s’en estonna et dict que telles choses ne furent jamais veues ny faictes en la chambre ny salle, ny logis de l’empereur son maistre; autrement il eust mal basté’ pour les délinquants.

Si est-ce qu’une fois l’empereur marchant par pays de Flandres en la compaignie des reynes Eléonor et Marie ses sœurs, le comte de Feria fit un peu du fou et de l’escandalle tout auprès des filles desdictes reynes, qu’il entretenoit en parlant à elles, et mit l’espée au poing contre un autre, dont il fut en grand peine; mais il estait grand seigneur et favory du roy

1 . François de Gauville , seigneur de Javcrsy , gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou (1879), capitaine des gardes du duc de Nemours (1590), maréchal de camp et gouverneur de Pluviers (1620).

Page 1