‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 197 sur 270 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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SUR LES DUELS

ou pour autre sujet; tant y a que cela se trouve escrit aux histoires de Naples*. Je sçay bien qu’un preseheur du roy, prescka publicquement après le combat de Àntraguet et Quiélus, que ceux qui estoient morts là, estoient damnez, et les vivans pas guières mieux s’ils ne s’admandoient *. Voilà un grand jugement donné d’un humain, comme s’il en eust receu belles lettres, et aussi que Dieu ne veut que l’on condamne, afin qu’en ne soit condamné. Je m’en raporte de tout cela aux gens plus saincts, religieux et plus théologiens que moy; mais tant y a, si tels combats ne sont si chrestiens que l’on diroitbien, pour le moins sont-ils très-pollitiques et justes, et veux dire estre très-nécessaires, et que, puisque de deux maux il faut choisir le moindre, j’argue qu’en tels combats, il n’y a que deux ou trois au plus qui meurent, au lieu que j’en ay veu en nostre cour avant nos apels, si un avoit une querelle contre un autre, falloit que tous deux fissent plus de quadrilles et amas de gens de leurs amis, de soldats, d’enfans de la mathe, d’espadassins et d’autres, si bien que se rencontrant, ou dans une rue de Paris ou d’autre ville, quelquesfois à la cour, mais cela peu souvent, car l’on craignoit la Majesté et son prévost de l’hostel , quelquesfois aux champs et là se rencontrans se tuoient ou s’ex-

1. Voyez dans le traité de Paris de Pateo le chap. i du liv. III, de la traduction italienne , intitulé : De la giornala data per re Carlo e re Piero de Ragona alla batlaglia in Bordella..., et l’édition latine P 390 v°.

2. e Notre maître Poncct dit en la chaire qu’il falloit traîner à la voirie Maugiron qui expira en reniant ses compagnons. * Journal de l'Estoile, 27 avril 1578.

DISCOURS

troppioient les uns les autres comme mouches et bestes.

Cela ay-je veu souvent à Paris; mais surtout je l’ay veu à Milan, où la dernière fois j’y fus, tournant du secours de Malte. J’y demeuray un mois, tant pour voir la ville ( qui est des plaisantes d’Italie ) que pour apprendre à tirer des armes, du grand Tappe, trèsbon tireur d’armes alors; mais je jure que tant que j’y fus, il ne se passa jour que je ne visse une vingtaine de quadrilles de ceux qui avoient querelles, se promener ainsi par la ville, et se rencontrans se battoient, se tuoient, si bien qu’on en voyoit sur le pavé estendus en place une infinité, encores qu’ils fussent armez de jacque manique , gante di presa et segreta in lesta1. Et voyoit-on plus de gens sortir des boutiques avec armes d’ast, pour les séparer, qui bien souvent y perdoient leurs escrimes, voire la justice. Je ne conte point la grand’ despence qu’il faut faire pour entretenir ces espadassins et leur donner de bons pasts *, mesmes qu’on a veu qu’ils se louoient comme vallets et serviteurs de bouticque, ou autres, et s’alloient présenter à ceux qu’ils sentoient avoir querelle, et vivoient de cela comme locataires à ce mestier et vrays enfans de la mathe. Combien en ay-je veu de telles gens et de tels désordres et à Paris et à Milan, et aucunes villes de France, d’Espagne et d’Italie? Et voilà pourquoy en tels combats on n’y void point arriver tant d’abus, de désordres, super-

1. De jaque de maille, de gants de combat avec une secrète en tête.

i. Past, nourriture.

SUR LES DUELS

cheries, et tant d’inconvéniens, comme en ces rencontres et bandes contre bandes, et de gens contre gens ramassez d’une part et d’autre; au lieu qu’en nos apels aussitost on a diffiny * par une belle gloire son différent, ou bien l’on y meurt en belle réputation, pour avoir eu le courage et résolution d’estre entré en estaquade : et si la fortune de l’espée ne leur a ry, encores d’avoir attenté c’est beaucoup, comme dit le latin : in rebus arduis tentare salis est \ Par ainsi bien est-il meilleur aussi qu’un homme ou deux meurent que plusieurs, et qu’en pensant estraindre' une querelle, plusieurs s’en renaissent et en arrivent une infinité d’escandales, comme cela s’est veu et moymesme.

Sur quoy se reigla en Piedmont ce sage capitaine M. le prince de Melfe, où estant arrivé, voyant les querelles ordinaires des soldats qu’ils faisoient tous les jours, et les abus, insollences et escandalles, meurtres, esclandres, supercheries, strectes * et altercats qui s’y commettoient, de sorte qu’on tenoit en proverbe gardez-vous d un hola de Piedmont, qu’ils crioyent en démeslant leurs querelles ; et sur cet hola la supercherie s’y en alloit aussitost, ou de meurtre, ou de quelque blessure, ou orion 1 2 3 4 sur la teste. Il s’advisa de faire là-dessus de belles ordonnances, qui du commencement furent un peu rudes à tenir, et mesmes parmy gens desraiglez, mais après

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