‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 199 sur 270 · I . Voyez Arioste, chant XXIX · texte numérisé non relu

I . Voyez Arioste, chant XXIX

SUR LES DUELS

mazza comme les combats sollemnels, pour force raisons, et pour ceste-cy, d’autant que les combats sollemnels se faisoient publicquement en bel spectacle de tout un petit monde, lequel estoit vray tesmoingt après de la vertu et vaillance des combattans. Mais les combats faicts dans des déserts, dans des bois et parmy des buissons aux champs esgarez, ne sont nullement honnorables. Les vertus et valleurs ne s’y font guières bien paroistre, et demeurent cachées et obscures, comme les umbrages des bois et forests, soubs lesquels ils combattent; ce que très-bien sceut remonstrer cet honnorable prélat d’Ecosse à ce vaillant Renaud de Montauban , lorsqu’il luy alloit demandant s’il ne se présentoit point à quelques heures du jour, quelques belles advantures pour un gentil chevallier dans ceste belle et grande forest de Callidoyne, tant renommée de tout temps par belles advanlures honnorables et hazardeuses rencontres pour les chevaliers errans. Le bon prélat luy respondit ainsi par une petite forme de remonstrance, que errant en ces bois, il pourroit trouver plusieurs estranges advantures, mais que les effects en estoient obscurs comme le lieu, car le plus souvent on n’en a point de notice ny de cognoissance ; « parquoy cherche (luy dist- il) d’aller où tu cognois que les œuvres ne soient ensepvellyes, afin qu’après le péril et le travail, la renommée s’en ensuyve et en dye la vérité. » Et après cela dict, luy desduit l’entreprise qui se préparoit pour la belle Genèvre, et luy en conta l’histoire, laquelle Renaud ouyt voluntiers; et croyant ce bon prélat, s’en alla parfaire ceste entreprise si charitable qui s’ensuivit; et puisque nous sommes sur les al-

DISCOURS

légations fabulleuses, qui sont certes encore plaisantes et approchent un peu de la vérité, je diray ceste cy :

Nous trouvons dans l’histoire de Rolland l’amoureux', qu’un jour luy et Renaud, vindrent à une très-grande contention d’armes et de propos très-injurieux, et dict le conte qu’après que le jour fut failly, ils délaissèrent par honte de se combattre et fraper, pour autant que de se battre en ténèbres n’estoit faict d’un chevalier assuré, mais plustost d’un brigand ; si bien que Rolland dist à Renaud : « Tu dois rendre grâce au jour, lequel s’est desparty de nous pour te donner espace d’obvier à la mort pour un peu, qui me cause un grand deuil. » Auquel Renaud respondit : « Je veux qu’ainsi soit, comme celluy lequel veut estre en paroles vaincu de toy, mais au faict tu n’as aucun advantage sur moy, n’y n’auras jamais, et suis content que tu n’ayes aucun respect au jour failly, car je ne faicts d’estime de toy non plus le jour que la nuict. » Auquel le comte Rolland réplicqua que c’estoit un vray larron, et qu’il monstroit bien son naturel, qu’estoit de faire guerre en lieu ténébreux et obscur, parmy des bois comme un brigand; mais Renaud, ne voulant endurer telle injure, luy paracheva de parler et dire qu’il sçavoit combattre estant caché parmy les bois, et semblablement sur la sumité* des montaignes, et au milieu des campaignes et pleines razes, et sçavoit faire bataille en plein jour, matin et soir, et minuict; mais qu’il

Voyez Boiardo, Orlando innamorato , liv. I, chap. xxvn.

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