Tays, tessons. — 2. Buye, buire
COURONTVELS FRANÇOIS. ' '. . 3
vieux routiers, par lesquelz il se mit dès-lors en une • très-grande gloire.
J’ay ouy dire et asseurer à un’ infinité, que ledict jour de la battaille, ainsi que son page se présenta de- ' vant les battaillons , où il estoit monté sur un très- * bon et beau cheval d’Espaigne, qu’il le fit descendre de dessus, et le1 fit attachera un arbre, et commanda à deux ou trois soldatz de luy tirer des harquebuza- ' des et le tuer : ce qu’ilz firent aussitost; ce qui fut un grand dommage. Et il le fit d’autant que, le jour de la battaille , il faut que le couronnel soit devant son battaillon loing d’une picque, armé de toutes pièces, sa bourguignotte en teste et sa picque e?i sa main, et tous ses capitaines en chef armez de mesmes à la teste du battaillon , les enseignes au milan, les lieutenans à la queue, les sergens aux costez, le sergent- ♦ majour, ou, pour parler à l’ancienne mode, le sergent de battaille, à, cheval, pour aller par les rangs, par le • devant, par le derrière et par les costez ou aisles, afin de mettre ordre promptement à ce qui est nécessaire.
Sur quoi j’ay ouy faire un compte pour très-certain : que, ce jour de la battaille de Cerizolles, le sergent de battaille, qui estoit pour lors La Burtlie , enfant de Bourdeaux, fort digne de sa charge, revisi- . .* tant les rangs, et jettant sa veue sur tout son faiet,
' vist un gentilhomme qui ne faisoit que d’arriver de la court en poste (je l’ai bien ouy nommer, mais ue m’en souvient), car les chemins des postes ,estoient tous rompus de gentilzhommes qui alloient à eeste
t . Le, le cheval.
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battaille à l’envy les uns des autres ; et parce que ce gentilhomme n’avoit eu la commodité de recouvrer des armes tout à coup, avecqu’un jacques et manches de maille (dont on en usoit fort de ce temps), et une hallebarde, se mit au premier rang parmy les capitaines , ainsi accommodé. La Burthe Iuy dist aussitost qu’il sortist de la, et qu’il defiaisoit et désembellissoit le rang, d’autant qu’il debvoit bien sçavoir qu’il falloit estre armé de toutes pièces, et, s’il ne le sçavoit, qu’il le luy apprenoit; par quoy, qu’il s’ostast viste; et ne luy dist rien plus. La Burthe, n’ayant pas le loysir de ^ tenir là longtemps, ny de contester, s’en part pour adviser à ses battailles et à sa charge ; puis il retourne; et, le trouvant encor là, luy remonstra fort audacieusement (car un tel jour est le jour de leur plus grand’sollempnité et grand’feste de leur authorité) un’autre fois ce qu’il luy avoit dict. Le gentilhomme luy rcspondit que, tout tel qu’il estoit, et ainsi armé , qu’il ne céderoit pas à un des mieux armez qui fussent là, pour bien combattre et bien servyr ce jour son roy,, et qu’en matière de son service, et en telle journée et en tel endroict et occasion, tout estoit de guerre, tout estoit de rang et d’ordonnance et tout esgal, et qu’il n’en bougeroit point. La Burthe, perdant patience, luy donna de l’hallebarde aussi tost à. travers le corps, et je tue roide mort : et n’en fut autre chose pour ce, coup, car l’on marchoit droit
, 4 l’ennemy pour se battre. v.
Mais après la battaille, comme j’ay ouy dire à oeux qu’y estaient , et mesmes à plusieurs gentilzhommes qui déploroient le trespassé, qui estoit brave et vaillant, trouva rent le coup trop prompt et par trop lép
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gèrement faict, et avec la teste trop à la gasconne, et qu’il n’y avoit nulle raison d’avoir tué ainsi ce gentilhomme, qui, tout plein de courage et valeur, estoit party de la court de si bonne voulonté pour se trou- ver à une si bonne affaire; et pour ce qu’il n’a voit peu recouvrer armes propres, ny ainsi qu’il eust bien voulu, mais comm’il avoit peu, il n’y avoit point de raison ny aucun droict de guerre de tuer ainsi un gentilhomme d’honneur et de valeur.
Le roy François ne le trouva bon quand on luy fit le conte, car il regretta le gentilhomme et sa bonne voulonté. La Burthe respondit, et ceux qui tenoient son party, que, puisque les status et ordonnances de • la guerre estoient telles, il n’avoit rien faict que de les ensuivre, et qu’il faloit qu’il le fist ainsi, et qu’il avoit ordonné au gentilhomme une place très-propre pour luy, mais qu’il n’y estoit voulu aller, et luy avoit respondu qu’il n’avoit rien à luy commander ; et la place qu’il luy avoit ordonnée estoit qu’il allast trouver le capitaine Montluc et les enfans perdus, parmy lesquelz est permis à un.chascun de se trouver et combattre le plus légèrement qu’on veut, avecqu’une rondelle, ou manches de maille , et halebarde , ou armé ou désarmé comme l’on veut; mais le gentilhomme ne l’avoit voulu faire; il avoit donc tort. Et fut jugé ainsi par tous les capitaines, qui se soubstenoieut les uns les autres, et qui affermoient comm’ ilz avoient ouy comme La Burthe l’avoit voulu envoyer avec les enfans perdus. Mais les courtisans, et ceux qui tenoient le party du trespassé, disoiènt qu’ilz n’en avoient jamais ouy parler. Pour fin, il n’en fut jamais autre chose. Si est-ce que les gallans discoureurs peuvent
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beaucoup discourir là-dessus, car aussi ce La Burthe fit très-bien là ce jour son estât.
J’ay faict cest incident , m’estant venu à propos , pour en trouver le subject très-beau, et fairay encor cestuy-cy sur l’estât de sergent-majour, et combien il est beau et honnorable, dont j’en ay veu faire grand’estime à plusieurs grandz capitaines et généraux d’armées.
Sur quoy j’amèneray le mot de ce grand empereur Charles, qu’il dist au capitaine Villandrado', en la guerre des protestans, à la journée de Dina*. Car, ainSy que ledict Villandrado, qui estoit sergent-majour, luy eust demandé une compaignie de gens de pied qui venoit à vacquer. Sa Cæsarée Majesté luy respondit : qu’il s’estonnoit comment il la demandoit et ne se contentoit de sa charge de sergent-majour, qu’il estimoit en plus grande prééminence beaucoup que celle d’un capitaine, puisque tous les capitaines luy obéyssoient, et prenoient le mot et l’ordre de luy qu’il recepvoit des généraux , voire des roys et propres empereurs; et qu’au sergent-majour en guerre, en tout temps et en tout lieu, la porte ne luy est jamais fermée, si que librement il y entroit sans aucun reffus.
Voylà les parolles et raisons de ce grand empereur, que j’eusse récité en mesme langage espaignol qu’il les récita; mais ce fust esté une superfluité vaine. Villandrado lui respondiL qu’il le sçavoit bien; mais, pour estre la solde de sergent-majour et les pratiques