Probablement à la bataille de Alühlberg, en lî
COURONNELS FRANÇOIS. 7
très-petites, et les courvées grandes, il le supplioit de le récompenser de ceste compaignée; aussi que l’usage desjà s’accommençoit à se tenir parmy l’infanterie espaignolle, de pourvoir un sergent-majour, après < qu’il avoit long-temps et deument fàict sa charge, d’une compaignie. Voilà à quoy advisoit Villandrado.
Le plus beau et le meilleur en cela , disent les Espaignolz, est suivre la coustume des Italiens et des Allemans, lesquelz eslisent un de leurs capitaines en leur régiment, le plus praticq et le plus suffisant, pour sergent-majour, et, par ainsi, estans capitaines et sergens-majours, sans aucun contredict, en l’absence des couronnelz et maistres de camp, commandent aux régimens, pour avoir deux grades ensemble : ce que les Espaignolz ne faisoient pas de nos temps. Je ne sçay ce qu’ils font aujourd’huy.
Aussi bien souvant arrive-t-il des altercations parmy eux, et entre aucuns capitaines bizzarres et mutins, qui se faschent quelquefois d’obéyr à des sergensmajours, n’estans point capitaines eomm’ eux, mais y aspirent ; de sorte que c’est la plus grande récompense, que l’on leur puisse donner, après qu’ilz ont longuement servy, que les faire capitaines aveôqu’ eux.
J’en ay veu un différant en ma vie parmy eux, et parmy nostre infanterie françoise, qui est tel : lorsque nous allasmes au secours de Malte, le roy et sa court estoient à Moulins. M. d’Estrozze et moy, et une vingtaine de genlilzhommes que nous estions, nous partismes de là. M. d’Estrozze ne dist ny au roy, ny à la reyne, ny à aucun qui fust, qu’il y alloit, soachant bien que Leurs Magestez l’empescheroient ; mais, simple-
* ment leur demanda congé pour aller a Lyon mettre
.. • ordre à quelques affaires qu’il avoit d’importance, et de là en Prorance veoyr son oncle le cardinal*, et pour deux ou trois mois : ce que Leurs Magestés luy octroyarent librement.
Luy, sachant bien que si long voyage qu’il entreprenoit pourroit estre de durée de plus de huict ou .• neuf mois, advisa de mettre ordre avant que partir à son régiment qu’il avoit des gardes du roy : et pour ' ce, de peur qu’en son absence n’arrivast quelque garbouil*, sédition, mutinerie parmy ses capitaines, touchant la prééminance et commandement, après avoir assemblé tous ses capitaines et leur avoir dict l’intention de son voyage et sa voulonté pour commander en son absence, il advisa, tant par sa nomination que l’eslection et consentement de tous ses capitaines, que le capitaine Sarriou, le plus vieux et „ praticq de tous les capitaines, commanderoit en son absence; et non sans raison, car il estoit tel , et un fort homme de bien et d’honneur, appartenant à M. le mareschal de Termes.
Ainsi prit congé M. d’Estrozze de tous ses capitai- , nés , et leur dict adieu après leur avoir recommandé leur debvoir; mais il ne fut pas plustost party, que le capitaine Hortolan, son sergent-majour, se voulut ingérer et advancer de leur commander à tous, et leur donner le mot, selon le deub de sa charge. Tous les capitaines s’y opposarent et dirent qu’ilz ne luy obéi- ” roient point , sinon à celuy que M. d’Estrozze avoit ' " f .
f. Laurent Stfozzi, cardinal, archevêque d’Aix, mort en 1571.