Voyez Plutarque, Vie d Alexandre, chap. ux
DISCOURS
roit. Aucuns disoient que M. de Bussy avoit faict en sage homme et entendu en combats; car les combats de nuict sont fort dangereux et subjects à de mauvaises charitez, ainsi qu’il en arriva au baron d’ingrande, que j’ay dict cy-devant, son combat ayant esté faict de nuict, le roy couché, et tué, non sans quelque soubçon de supercherie.
Enfin il n’y a rien plus odieux que les ténèbres, si ce n’est que ledict Bussy eusl faict de mesmes, que fit en nos dernières guerres de Toscane, du temps du roy Henry H , le capitaine la Hyre, brave et vaillant capitaine gascon, lequel combatit son ennemy dans une salle, que dom Francisque d’Est avoit fait apprester, avec force flambeaux et torches, si bien qu'il y faisoit aussi clair comme beau jour, et le vainquit en présence de M. le cardinal de Ferrare, et dudit Francisque d’Est, son frère, lieutenant du roy, en ces pays, et plusieurs autres capitaines : dont ledict la Hyre en acquit grande gloire ; lequel despuis se signalla en tous les bons lieux de guerre où il se trouva, et mesmes aux guerres civilles, M. le prince de Condé l’ayant gaigné et appoincté. C’estoit certes un gentil soldat et bon capitaine; il mourut à Orléans. Il estoit grand compaignon du capitaine la Trappe, aussi gascon, que j’ay veu despuis gouverneur de M. de Clermont d’Amboise et guidon de M. de Longueville, et puis enseigne du prince de Condé; il estoit un brave et vaillant homme, et qui un peu avant le combat de la Hyre, avoit aussi combattu en estaquade et vaincu son ennemy; tous deux m’en ont faict leur conte.
Mais pour tourner encor de dire que le soleil est
SUR LES DUELS
bien plus propre et plus amy des armes que la lune, nous lisons que ces vaillants et indomptables Parthes qui ontfaict si bien la barbe à ces superbes Romains, dompteurs du monde, ne combattoient jamais de nuict, ny ne faisoient nulle faction de guerre, mais tout ainsi que finissoit le jour, leur journée de guerre finissoit aussi; si bien que Crassus lorsqu’ils le deffirent et le chassèrent hors de leur pays par la totalle ruyne et grande honte et de luy et de ses armes, le premier jour l’ayant battu, rebattu et desfaict la plus grand part de ses gens, ils les pouvoient achever s’ils les eussent poursuivis la nuict, mais estant sur le poinct de leur victoire, les ténèbres intervenues, cessèrent, et tenant ladicte victoire entre les mains, la laissèrent et la remirent au lendemain, que le soleil eut ramené ses chevaux boire de la mer, comme disent les poètes; et lors ils parachevèrent d’accabler, mais non sans peine, car il leur falut faire une grande cavalcade pour le suivre, ayant gaigné de longue par la faveur de la nuict'. Voylà la superstition de ces Parthes, laquelle est pourtant recommandable et admirable pour beaucoup de raisons que je déduirais, et sur lesquelles M. de Bussy se fondoit, et pour lesquelles observer en fut fort estimé, mais non tant de la présumption qu’il eut de deffier luy seul Grantmont et Mauléon, car ils estoient très-vaillans gentilshommes. M. de Grantmont le monstra à sa mort; mais jamais Herculle n’en combattit deux, comme dict le proverbe *, qui pourtant est pédentesque.
1. Voyez Plutarque, Pie de Marcus Crassus , chap. lv et suiv.
2. Nec Hercules advenus duos. (Voy. Forcellini, art. Hercules,
DISCOURS
Sur quoy il me souvient d’un conte du feu seigneur de Genzac, gentilhomme gascon, brave et vaillant, et qui estoit escuyer du feu roy Henry II, François second et Charles IX, en la grand’ escuyerie, et fort bon homme de cheval et de pied, et mourut au siège de Bourge', aux premières guerres, d’une arquebusade, ayant une compaignie de gens de pied. Il estoit fort bravasche et haut à la main selon son païs, et outre, avoit pratiqué l’Espaigne et en parloit fort bien la langue. Un jour ayant pris querelle contre le sieur d’Avaret , brave gentilhomme aussi, et l’un des braves et gallans de la cour, guidon de M. de Genlys, du temps des guerres espaignolles, et mourut à Orléans huguenot, et de peste, mort non digne de luy; luy donc prest de mettre la main à l’espée, survint par cas fortuit un gentilhomme que je ne nomme point, et qui est aujourd’huy un trèsbon capitaine et grand seigneur, lequel dist : « Tout « beau, tout beau, Gensac; je ne souffriray pas que « mon eompaignon se batte que je ne m’en mesle : « par quoy arrestez-vous. » A quoy promptement , sans s’estonner, respondit Gensac : « Et comment, « n’a-on jamais veu un homme seul se battre con- « tre deux? et mort-Dieu, les histoires en sont toutes k pleines, et pourquoy n’en feray-je tout autant? a Ça, ça, venez donc vous deux. » Mais ainsi qu’ils estoient à en venir là, ils furent séparez. En quoy
in fine.) C’est une traduction littérale du grec : ’Ooôà ’HpocxXrjç itpoî Svo. (Voyez Corpus paroemiographorum græcorum, éd. Leutsch et Schneidewin, Gottingae, 1839, in-8°, tome I; Zenobius, centuria V, p. 140.)