‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 211 sur 270 · Voyez Paris de Puteo, f" 402 v°, 408, col. 2, etc · texte numérisé non relu

Voyez Paris de Puteo, f" 402 v°, 408, col. 2, etc

DISCOURS

le seigneur offance mal le vassal premier, le vassal le peuldeflieretsedeffandre par les armes, car le droict des armes est aussi bien dheu à l’offancé, comme celluy des loix ; mais si le vassal offance le premier, il n’est point reçu en aucun deffy, d’autant qu’il est rebelle à son seigneur, et par conséquent perd son droict des armes à l’endroict de son seigneur, et celluy de vassellage. Faudrait discourir aussi, et sçavoir si un soldat peut combattre un capitaine, ou le sien mesme? J’en vis ceste dispute débattre à Malte, par M. le grand-maistre, le marquis de Pescayre, et autres capitaines, et voulut M. le grand-maistre que M. de Bellegarde y fust appellé, d’autant qu’il s’entendoit fort bien en ces disputes de querelles. Le tout se débattoit sur ce subject, à cause d’un soldat, qui avoit .appellé son capitaine au combat. Il fut arresté que tout soldat qui a porté les armes deux ans durant sans intervalle, et qu’en ce temps il en aye faict digne proffession et belle preuve, en se trouvant à toutes les belles factions et hasardeuses et le prouvant, il peut combattre tout capitaine duquel il aura receu injure, voire le sien propre, en s’ostant de sa compaignie.

Je vis quasi pareille dispute entre le capitaine Busq qui mourut à la Tercière1, et le capitaine Brevet son lieutenant, tous deux provançaux, et braves et vail- Ians capitaines. L’on trouvoit estrange que le capitaine Brevet deflioit ainsi son capitaine, mais pourtant M.‘ d’Estrosse leur colonnel et autres capitaines luy dirent que ledict Brevet le pouvoit faire en le quic-

t . A l'expédition de Tercère.

SUR LES DUELS

tant; il est bien vray qu’il y a différence entre un lieutenant et un soldat, carie lieutenant est capitaine. J’estois présent à ceste dispute, où M. d’Estrosse m’avoit faict appeller, et prié d’y assister pour en dire mon advis, où j’y vis alléguer force raisons, et pro et contra, entre autres ceste maxime que j’ay dicte cy-devant, touchant le soldat qui a porté deux ans les armes en belles factions, pouvoit combattre un capitaine, et a eu lieu parmy les Italiens, mais peu parmy les Espaignols, et encore parmy nos François de jadis ; d’autant que ce mot de capitaine estoit et est si sacré, que le soldat qui offançoit seullement si peu un capitaine estoit griefvement puny, car n’estoit appellé à cet estât qui n’en fust grandement digne. Si que j’ay veu tels capitaines, voire plus de cinquante en ma vie, parmi nos bandes, qui mériteroient d’estre aujourd’huy colonels, et tel soldat qui mériteroit d’estre aujourd’huy maistre de camp. Mais aujourd’huy que nostre infanterie est si corrompue, despravée et desreiglée, que les maistres de camp (la pluspart) et capitaines se font par douzaines, ainsi que la nécessité le porte, et faute de paye, et si pourtant s’estiment autant que les plus braves et famez, en quoy il y a différence; car tel capitaine y a-il qu’un gentilhomme de marque se fairoit tort de le combattre, encore qu’il allégast qu’il y a tant de temps qu’il porte les armes; jpaais comment les portent-ils? en les traisnant et en tenant les champs, cherchant les parroisses, en vivant et rançonnant le bonhomme, et se trouvant peu aux belles factions. Quand ce vient à une bonne affaire, ils ont autant de cœur que putains; je parle d’aucuns, mais non de tous.

DISCOURS

Comme nous disons du capitaine, de mesmes en faut dire du soldat, lequel se vantera avoir porté les armes tant de temps; mais quoy! c’est en faisant la vie de ripaille, comme j’ay dict du capitaine; et qu’il faille recepvoir telles gens en combats, ce sont abus; ouy bien les braves capitaines et bons soldats signaliez, desquels la vaillance est très-esprouvée, dont nous en avons encore force parmy nos bandes, car je serois bien marry de parler de tous en général, ainsi que je les loue en mon livre des Colonels. Voilà ce que j’en av ouy discourir à de braves capitaines en cette dispute que je viens de dire, et entre autres beaux exemples alléguèrent M. de Maison-Fleur*, gentil et brave capitaine de son temps, lequel estant à la guerre de Flandres, pour contenter un soldat qui se doulloit * de luy, s’offrit de le combattre. Le soldat le prit au mot, et se battirent si bien qu’ils se tuèrent ; brave et vaillant acte certes. Aucuns louèrent la vaillance et la générosité dudict Maison-Fleur; autres le blasmèrent d’avoir desrogé à l’authorité de capitaine, et l’avoir trop abbaissée, et qu’en tel cas il lafalloit maintenir jusques au bout, et ne la mettre en ballance sans l’advis des plus grands capitaines, ou ordonnances des généraux; mais de gayeté de cœur s’aller battre comme il fit, force gens luy donnoient blasme; car enfin il faut honnorer son estât et ne le mettre à si bon marché.

1. Jerome LhuiUier, seigneur de Maisonfleur, chevalier, gentilhomme de Henri II et de François II , écuyer tranchant de François II et de Catherine de Médicis.*1

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