‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 212 sur 270 · Se doulloit , se plaignait · texte numérisé non relu

Se doulloit , se plaignait

SUR LES DUELS

Le capitaine Bourdeiile mon frère, brave et vaillant certes, (je ne pense point faillir si je le dis, car il estoit tel estimé de son temps), estant en Piedmont, commandant à des gens de pied, il avoit avec luy un fort brave soldat qu’on nommoit le capitaine Tripaudière, Gascon qu’il avoit eslevé, dressé, entretenu avec luy l’espace de six ans, et faict voir son monde aux guerres de Piedmont, d’Hongrie et de Parme, le menant tousjours quant et luy, l’aymant fort et luy ayant apris à tirer bien des armes, car mondict frère les avoit très-belles en la main. Par cas ce Tripaudière fut suborné et gaigné par M. de Bonnivet pour lors colonel en Piedmont, pour estre avec luy l’un de ses capitaines entretenus, dont ‘il Laissa mondict frère qui en estant despit1, le fit appeller sur le pont du Pau, quf ne faillit d’y aller, tant il s’estoit fait présomptueux ; mais en y allant il fut rencontré par aucuns capitaines et retourné en la ville, et mené à M. de Brissac pour empescher le combat, qui envoya quérir mondict frère pour les accorder. La chose fut fort disputée, et mesmes des vieux capitaines de là, qui dirent n’v avoir aucune raison qu’un petit capitaineau entretenu despuis trois jours, se battist contre le capitaine Bourdeiile (qui ne vouloit que se battre, et point s’accorder) ayant commandé il y avoit longtemps; de plus, qu’il estoit gentilhomme de fort bonne part et bon lieu, appartenant à des plus grands de la France. Force capitaines remonstrèrent au capitaine Bourdeiile, veu ses qualités, qu’il se faisoit grand tort et à tous eux de s'abbaisser

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