‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 216 sur 270 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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DISCOURS

c’est pour ceux qui sont en cela mieux entendus que moy. Je fais doncques fin, priant tous cavalliers, capitaines, soldats, de m’excuser si je n’ay mieux dict, protestant pourtant que mon advis ne procède point tant de mon débile cerveau, comme de plus grands et plus experts en cela que moy, desquels j’ay appris, et suis prest d’en apprendre d’autres fort librement, et de ceux qui me voudront enseigner.

Je croy bien que si un feu M. l’admirai, un M. d’Andellot, un M. de Guise le Grand qui s’entendoit en cela mieux qu’homme du monde, et qui en discouroit des mieux, comme je l’ay veu; un M. de Montluc, un mareschal de Bellegarde, un mareschal de Biron, un M. de Biron son fils, qui est aujourd’huy un des grands capitaines de France, et tant d’autres capitaines, tant de gensd 'armes que d’infanterie, qui ont veu tant de combats, eussent entrepris ce discours, je croy que ce fust esté la plus belle chose qu’on vist jamais.

Je ne me desparts pourtant encore de mes discours, pour y enfiller un autre, sur une dispute que j’ay veu faire souvent parmy les grands capitaines et gens de guerre : à sçavoir si un général d’armée ou autre, ayant un grand commandement, estant en sa charge, doit reflfuser le combat qu’un autre son pareil luy présente, et auquel il le deflie. Sur laquelle dispute j’allégueray cet exemple qui est fort beau, de M. le marquis de Pescayre, ce grand capitaine, lequel, lorsque les François furent chassez de l’estât de Milan (dont il en fut le principal chasseur), il vint assiéger dans la ville de Corne, M. de Vandenesse, frère puisné de M. de la Pallisse, lequel encor qu’il

SUR LES DUELS

fust fort petit d’estature et de taille, et n’eust l’aparenee ny la grâce de son frère M. de la Pallisse, si ne luy cédoit-il en rien de valleur et d’audace; car parmy les siens il estait apellé le petit lion des François, mesmes les Espaignols luy donnèrent ce nom; j’en parle ailleurs1. Estant donc assiégé dans ceste place, elle luy fut tellement battue et assaillie qu’il fut contrainct la rendre par composition déviés et bagues sauves, laquelle, luy voulant sortir, ne luy fut nullement observée, car elle fut du tout pillée et sacagée par les Espaignols et lansquenets à la veue dudict M. de Vandenesse , qui rongeant son despit, au partir de là, ne faillit d’envoyer tout aussitost un trompette audict marquis, et luy envoyer un cartel de defly, l’apellant en duel*. Mais les Espaignols desquels il* estait le père et le plus aymé général qu’ils avoient jamais eu, ny eurent onc, ne voulurent jamais qu’il respondist à ce cartel, ne qu’il entendist au combat, encores que ledict marquis ne desirast autre chose (ce disoit-il, et le faisoit par beau semblant parestre), eux allégans que d’autant qu’il estoit personne publicque et gagé au service de l’empereur et du public, il n’esloit obligé qu’il se perdist pour chose particulière, au moins qu’il s’y hasardast, dont le retindrent en despit de luy ; dequoy la partie fut remise à une autre fois, qui s’entretint tousjours soubs un ardent désir de vengeance et de combat, tant d’un costé que d’autre, car certes ils estaient tous deux esgaux en prouesse; mais le malheur fut tel pour M. de Van-

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