Pour Cléopâtre, il desiroit fort de la conserver pour la
SUR LES DUELS
du plus grand au plus petit) d’un soldat espaignol, lequel ayant eu une querelle contre un autre, pensant le combattre sur ces entrefaictes, vint à estre blessé bien fort en une escarmouche de siège; il ne lit que prier Dieu, et faire dire force messes pour luy et pour sa guérison, et quand on luy demandoit pourquoy il le faisoit, veu que c’estoit son ennemv, et autant de deffaicte pour luy s’il mouroit, il respondit : « Parce qu’il me faseheroit fort qu’il mou- « rust autrement que de ma main, et faut qu’il en « meure , ou plustost je me tuerois moy-mesmes de « despit. » Voilà une plaisante gloire !
Mais pour tourner encor à nostre première histoire du marquis, j’en allègue une autre semblable de René d’Anjou1. Lorsqu’il vint au royaume de Naples, il envoya un héraut devant Alphonce d’Aragon, se disant roy de Naples, et luy porta un gantellet tout ensanglanté, ainsi qu’estoit la coustume d’aucuns defïÿs de ce temps, comme j’ay dict cy-dessus, l'apellant au combat de la part de son maître. Alphonce accepta le gant, et puis demanda si René vouloit combattre corps à corps, ou avec bien toute l’armée. L’autre respondict en armée : il fust esté plus beau de dire corps à corps. Alphonce luy répliqua qu’il acceptoit la bataille, et qu’à luy appartenant par le droict des armes
faire marcher à la suite de son char de triomphe, et, quand il apprit qu'elle s’étoit fait piquer le sein par un aspic , il fit venir des Psylles pour sucer le venin qu'elle avoit fait passer dans son sang; malgré leur soin, cette princesse mourut. » Plutarque, Vie d Auguste, chap. ni.
1 . Voyez Collenuccio, Compendio delï hisloria del regno de Napoli, liv. VI.
DISCOURS
comme à provoqué et apellé d’eslire le jour et lieu de la bataille, il eslisoit ceste pleine qui estoit entre Nola et Lucera, et que dans huict jours de là, il l’yroit attendre avec son armée, ce qu’il fit au jour terminé; mais René n’y alla pas et ne chercha point la battaille; toutesfois il se vint bien camper au camp d’où Alphonce s’estoit party, puis adjouste le conte que quelque jurisconsulte de ce temps -là' avoit escrit, qu’Alphonce comparut dans le champ de battaille; mais non pas René, d’autant que ses barons l’en empeschèrent, luy allégant qu’il n’avoit peu en ceste sorte deffier Alphonce, se voulant mettre sa personne et son royaume en danger sans le conseil et consentement d’eux et des principaux du royaume, du péril et intérests desquels il estoit question. De l’autre costé, Alphonce, lorsqu’il fut apellé au combat, demeura quelque temps songeant là-dessus, d’autant qu’aucuns luy disoient que René qui n’estoit que duc, ne pouvoit pour raison apeller Alphonce qui estoit roy. Mais enfin luy semblant telle excuse d’homme lasche et couard, il retint et accepta le combat, comme de vray il n’avoit garde de le refuser, estant si brave et vaillant roy, comme l’on l’a descrit, et ses actes l’ont monstré.
Le roy d’Engleterre* ayant esté deffié par le duc d’Orléans de tirer quelques coups de lance avec luy seul, ou dix à dix, ou en foulle de cent à cent chevalliers.