Jean Bouchard d’Aubeterre
SUR LES DUELS
ment son frère ny ses compaignons, ausquels il avoit donné de belles parolles ; et furent la pluspart tous pendus et tués. Après cela, M. d’Espernon part et s’en va en Périgort luy prendre le cbasteau et ville de Nontron1 2, sans qu’il luy en fist empeschement le moins du monde, encore qu’il eust faict une belle assemblée d’honnestes gens que je sçay et cognois, ausquels ne tint nullement qu’ils ne vinssent aux mains, ce disoient-ils. Là-dessus j’ay veu discourir à beaucoup de bons capitaines, n’eust-il pas mieux valu audict sieur d’Aubeterre de combattre en foulle M. d’Espernon, puisqu’il alloit de la cause du général, que de s’aller amuser à composer son cartel et altérer sa plume; duquel cartel seul ne se contenta, mais en alla encore faire je ne sçay combien d’autres si grands et si amples et longs, que l’on disoit qu’il sembloient mieux ses leçons qu’il avoit apris à Genève, où il avoit esté né, eslevé et endoctriné, que cartels de cavalliers, qui doivent estre les plus brefs que l’on peut. Nonobstant M. d’Espernon, après avoir mis ordre aux affaires du public, ne laisse à vouloir entrer, ce disoit-on (d’autres disent non), en estaquade et s’offrir d’aller dans Blaye sur la parole de M. de Lussan \ encor qu’il fust plus amy dudict Aubeterre que de luy, et s’offre encor d’aller dans la basse-court de M. le marquis de Trans, mais il s’v trouva des diflicultez. Ceux du party de M. d’Espernon disent cela, les autres le nyent; c’est le moindre des soucys. Ce-